Le studio indépendant coréen NANOO nous propose avec Tour de Babel : Survivants du Chaos un roguelite hack’n’slash qui assume pleinement ses inspirations. En effet, le titre marie la boucle de gameplay frénétique de Vampire Survivors à une profondeur de loot digne de Diablo. Un pari ambitieux à l’heure où les clones du jeu de Poncle se multiplient à un rythme effréné.
En 2022 le studio Poncle surprend le monde du gaming avec un petit jeu, pas très cher mais à la boucle de gameplay immédiatement addictive : Vampire Survivors. Le succès est au rendez-vous pour devenir un genre à part entière qui donnera naissance à une vague de clones plus ou moins réussis. Tour de Babel : Survivants du Chaos n’essaye pas de réinventer ce concept, mais d’y ajouter des éléments issus du genre hack’n’slash. Le principe reste scrupuleusement identique. Vous incarnez un héros solitaire bien décidé à gravir les 21 étages de la légendaire tour de Babel, censée exaucer les désirs les plus profonds de celui ou celle qui atteindra son sommet. À chaque niveau, il faut survivre à des vagues de monstres de plus en plus denses pendant un temps imparti, ramasser les cristaux d’expérience que lâchent les ennemis, monter en niveau et choisir, à chaque palier, l’une des trois améliorations aléatoires proposées. Une mécanique devenue commune dans le paysage vidéoludique, mais toujours redoutablement addictive.
Là où le jeu se distingue, c’est dans sa dimension RPG. Vous aurez 5 personnages à votre disposition : Guerrier, Magicien, Bagarreur, Chasseur de Démons et Casseur de crânes. Chacun a ses spécificités, que ce soit au niveau des équipements disponibles, des attaques basiques et spéciales, mais également au travers d’un arbre de compétences unique. Chaque héros pourra développer son arbre de différentes manières pour s’axer sur un style de jeu particulier, comme dans un hack’n’slash. Entre deux ascensions, on retourne au lobby pour s’équiper des armes et armures récoltées, améliorer son équipement chez le forgeron et renforcer son personnage à l’autel des bénédictions, moyennant quelque pièces l’or. Le titre s’appuie également sur un système d’affixes aléatoires pour les objets, avec différents niveaux de rareté. Tout ceci apporte une vraie liberté dans la création des builds. Chaque partie propose ainsi une expérience unique s’inscrivant dans une progression globale qui nous encourage à tester pour nous perfectionner.
Une ascension classique mais prenante
L’atmosphère est l’un des points forts du titre, grâce à des graphismes entièrement dessinés à la main et une bande-son efficace. L’univers dark fantasy affiche une direction artistique soignée, où chaque personnage, ennemi, boss et décor bénéficie d’un soin visuel rare pour une production de ce prix. Les effets de particules pendant les combats, le bestiaire et l’esthétique générale de la tour forment un ensemble homogène très réussi. Les musiques et les bruitages collent bien à l’ambiance pour renforcer l’immersion et la sensation d’impact à chaque coup porté. C’est sur la durée que le jeu dévoile toute sa profondeur. Le véritable cœur de l’expérience se situe en fin de partie, dans le contenu du mode Chaos, où le système de synergies entre compétences et objets s’épanouit pleinement. Si on se laisse prendre au jeu on peut facilement y engloutir des dizaines et des dizaines d’heures à améliorer ses personnages et ses builds.
Mais le jeu risque de frustrer les joueurs en quête d’originalité. Ce Tour de Babel mélange le style de Vampire Survivors et de Diablo, mais sans réellement injecter d’innovations. Ceci permet de prendre le jeu en main très rapidement et d’enchainer les parties sans trop se poser de questions, mais si vous cherchez une expérience qui se démarque vraiment du genre alors passez votre chemin. De plus, le titre réclame de grosses sessions de grind pour progresser, ce qui risque d’en décourager certains. La durée des parties, assez longues, peut frustrer les joueurs cherchant des runs courtes de 10 à 15 minutes. Un défaut que la récente mise à jour « Turbo Run » a d’ailleurs commencé à corriger en raccourcissant nettement les temps de jeu et en augmentant les récompenses. Enfin, l’équilibrage de fin de partie reste perfectible : certaines combinaisons d’objets et de compétences surpassent largement les autres aux niveaux les plus élevés, ce qui gâche un peu le endgame. Heureusement, le studio s’emploie activement à résoudre ces soucis via une feuille de route de mises à jour post lancement.
Le dessin à la main est une vraie réussite. L’univers dark fantasy isométrique se montre détaillé, lisible et bien plus distinctif que la moyenne du genre, avec des effets de combat soignés et un bestiaire varié. Une direction artistique qui place clairement le titre au-dessus de ses concurrents directs.
La fusion du gameplay de Vampire Survivors et de Diablo fonctionne grâce à un système de butin, d’équipements et de bénédictions d’une belle profondeur, décliné avec 5 personnages aux styles distincts. La boucle de gameplay est addictive, mais répétitive. Le jeu réclame pas mal de grind et ne se montre pas franchement original dans ses mécaniques. On reste globalement en terrain connu, mais l’ensemble fonctionne très bien.
Les musiques sont entraînantes et les bruitages percutants ce qui permet à Tour de Babel de nous plonger dans une ambiance survoltée. La BO accompagne efficacement notre ascension, sans être mémorable.
C’est l’un des gros atouts du titre : comptez plus de 90 heures pour en faire le tour, avec cinq héros à maîtriser, un endgame dense et une rejouabilité portée par la variété des builds. La répétitivité de l’action risque d’en décourager certains mais pour moins de 15 euros, le rapport contenu/prix est tout simplement excellent.
Tour de Babel : Survivants du Chaos est une belle réussite dans le registre du roguelite « bullet hell ». Le studio NANOO ne réinvente pas le genre, mais exécute la formule Vampire Survivors croisée à Diablo avec une vraie profondeur dans les builds et les personnages, avec en prime un système de butin qui nourrit un endgame généreux. Le titre s’appuie sur un contenu solide et de superbes graphismes dessinés à la main. Un jeu idéal pour se vider le cerveau en testant diverses approches. Mais attention, ce Tour de Babel ne propose aucune grosse surprise ou innovation. Il s’adresse avant tout aux amateurs de longues sessions d’optimisation, prêts à dépasser une progression initiale un peu lente et un équilibrage encore perfectible. Pour son prix, et au vu de l’investissement continu de ses créateurs, c’est une expérience qui mérite le détour.