Avec Burn With Me, le studio indépendant Nozomu Games nous propose un deckbuilder narratif particulièrement atypique, qui troque les habituels donjons et affrontements héroïques contre une université où l’on enseigne les arts occultes. Mélangeant jeu de cartes, réflexion, mystères et rituels démoniaques, le titre affiche immédiatement une personnalité bien marquée.
L’ambiance très particulière de Burn With Me constitue son premier atout. Derrière son côté bande-dessinée, avec des visuels à la fois simples, mignons et inquiétants, se cache une aventure sombre dans laquelle des étudiants apprennent à invoquer des créatures et à manipuler des pouvoirs qu’ils sont loin de maîtriser. Nozomu Games parle de « cozy dread », une formule qui résume assez bien ce mélange très spécial de douceur et de malaise. L’univers est lugubre sans tomber dans l’horreur traditionnelle. Il cultive en permanence une impression d’étrangeté, avec un ton mature parfaitement approprié. L’intrigue suit un professeur énigmatique qui décide sur un coup de tête de transgresser toutes les règles en initiants ses élèves à la magie noire. Il a bien sûr une idée en tête, mais aussi l’envie d’aider ses élèves. Nous suivrons ainsi 5 étudiants confrontés à leurs propres épreuves, peurs et obsessions, sous la tutelle de leur mystérieux enseignant. Le jeu est divisé en six chapitres, chacun associé à un élève, avec un rituel final. Burn With Me a la bonne idée de faire évoluer les mécaniques pour refléter leurs tourments personnels. La narration est excellente, révélant petit à petit les frustrations et les désirs des élèves, avec toujours cette même question : jusqu’où iriez-vous pour réaliser vos rêves ?
L’objectif de chaque rituel est de dévoiler son démon intérieur pour le vaincre et ainsi obtenir l’objet de son désir. Mais le prix à payer est élevé et le résultat souvent éloigné du souhait d’origine, car les démons intérieurs ont leur façon d’interpréter les demandes de leurs hôtes. Burn With Me accorde une place importante à sa narration, sans pour autant reléguer le gameplay au second plan. Au contraire, histoire et gameplay cherchent constamment à fonctionner ensemble. Pour réussir un rituel vous devez passer par plusieurs étapes. Chacune d’elles demande d’atteindre un certain score, toujours plus élevé. Le plateau prend la forme d’un pentagramme sur lequel vous placez des créatures que vous invoquez. Elles vous permettent de marquer des points et bénéficient généralement d’un modificateur. Par exemple, rapporter quatre points supplémentaires si vous la placez entre deux autres cartes, gagner des points bonus pour tous les chats joués, ou brûler à la fin du tour. Les cartes brûlées disparaissent définitivement de votre deck. Pour finir un tour il faut absolument que les 5 pointes du pentagramme soient occupées par une créature. Or si vous souhaitez piocher une carte vous devez brûler une carte aléatoire de votre main.
Désir brûlant
Le jeu demande de bien réfléchir à l’ordre et au positionnement des cartes pour maximiser les points et les chances de brûler les bonnes cartes. Car il peut s’avérer très avantageux de brûler certaines cartes à des moments précis pour déclencher des synergies. Cette approche transforme les parties en véritables casse-têtes où on anticipe les associations et l’on recherche la configuration capable de produire les meilleurs résultats. Ainsi le jeu évite de tomber dans une simple course à la carte la plus puissante. Dépasser le score demandé vous permet d’avancer dans le rituel et d’obtenir une nouvelle carte à invoquer. Vous créez donc votre deck en même temps que vous accomplissez le rituel. Les points supplémentaires alimentent également une réserve magique que vous pouvez utiliser pour compléter votre total de point si jamais vous êtes trop juste. Le principe de brûler ses cartes apporte une tension assez savoureuse aux parties. Il est tentant de conserver une carte « au cas où », mais un deck trop encombré peut rapidement devenir difficile à exploiter efficacement. À l’inverse, brûler avec trop d’ardeur risque de trop démunir le deck et d’empêcher d’atteindre le score visé.
Burn With Me propose une centaine de cartes pour créer différentes approches, avec des variations de gameplay illustrant la personnalité des élèves. Mais ne vous attendez pas à une profondeur de jeu digne de Slay The Spire ou Monster Train. Le jeu est bien plus facile à prendre en main et ne vous retiendra pas aussi longtemps devant votre écran. Comptez grosso modo cinq heures pour finir l’histoire, ce qui vous permettra de débloquer une version plus difficile de chaque rituel. Le pic de difficulté devient alors assez brutal. Le dernier rituel réunit les cinq élèves, qui disposent alors de deux personnalités. Vous devez en choisir une pour définir dans quel état d’esprit chaque élève se trouve. Ce choix est loin d’être anodin car les différentes personnalités modifient le gameplay. Une bonne façon de terminer le jeu en apothéose. Pour moins de 15 euros, Burn With Me délivre une expérience originale, moins hardcore et pointue que les ténors du genre deckbuilder roguelike, mais suffisamment aboutie et maline pour mériter amplement le détour.
Burn With Me possède une identité artistique bien trempée qui colle parfaitement à cette ambiance « cozy dread ». Le résultat ne cherche jamais la prouesse technique mais possède énormément de personnalité. Le jeu propose près de 100 cartes auxquelles viennent s’ajouter des illustrations alternatives réalisées par des artistes invités.
Le positionnement des cartes et leurs synergies apportent une originalité bienvenue pour le genre du deckbuilding. La possibilité de brûler définitivement ses cartes oblige constamment à réfléchir aux conséquences de ses choix. Le gameplay s’avère bien pensé et accessible, mais ne vous attendez pas à retrouver ici la profondeur des ténors du genre, comme Slay the Spire par exemple.
L’habillage sonore participe efficacement à cette étrange atmosphère mêlant réconfort, mystère et malaise. La narration dispose par ailleurs d’un doublage intégral en anglais de très bonne facture, qui aide à s’immerger dans cette histoire sombre et touchante.
La durée de vie du jeu dépend de votre façon de l’aborder et de votre niveau sur ce genre de gameplay. Comptez en moyenne cinq heures pour terminer le jeu, ce qui vous donnera accès à un mode de difficulté plus corsé. Vous aurez une centaine de cartes à expérimenter et aussi des visuels alternatifs à débloquer, ce qui peut donner de la motivation pour prolonger l’expérience.
Burn With Me réussit à sortir du lot grâce à un univers fascinant et une narration particulièrement prenante. Sa superbe direction artistique et sa bande-son très soignées achèvent de nous immerger dans cette ambiance douce et lugubre. Le gameplay n’est pas en reste avec un ensemble de mécaniques assez simples à comprendre, mais recélant d’une bonne profondeur pour nous maintenir en haleine sur la durée. Brûler définitivement une partie de son deck pour progresser introduit des choix particulièrement intéressants et colle parfaitement aux thèmes du sacrifice et de l’occultisme. Le titre est assez court et n’a pas la profondeur des têtes d’affiche du genre, mais n’en demeure pas moins une très bonne pioche pour qui aime les approches atypiques.
+ Une superbe direction artistique
+ Une bande-son très réussie
+ Une ambiance atypique
+ Un gameplay malin et accessible
+ Brûler ses cartes
+ Une vraie place accordée à la narration