Après Aetheris et Crown Gambit, le studio rennais Wild Wits Games nous invite à prendre la tête d’un royaume dans un RPG narratif mêlant gestion, choix politiques et voyage dans le temps. Sovereign Tower nous confie une tour magique, une population exigeante et une Table ronde composée de chevaliers aussi compétents qu’imprévisibles. À nous d’écouter les doléances de nos sujets, d’affecter les bonnes personnes aux missions et d’assumer les conséquences de nos décisions.
L’aventure débute alors que notre personnage, un lépreux fuyant la destruction de son village, découvre une tour légendaire restée fermée pendant un siècle. Contre toute attente, il parvient à en ouvrir les portes et se retrouve immédiatement désigné comme son nouveau souverain. Cette promotion inattendue lui permet d’échapper à sa condition, mais l’oblige également à gouverner le royaume de Brizh dans une période particulièrement instable. Heureusement, nous avons Arlin, notre conseiller personnel, qui est là pour nous guider dans notre règne improvisé. Il faut rapidement recevoir les habitants, recruter des chevaliers, répondre aux demandes des territoires voisins et restaurer progressivement les différentes parties de la tour. On découvre alors que presque chacune de nos décisions a un impact sur les relations avec la population, les nobles, les marchands, les érudits et les mystiques, mais aussi sur les alliances diplomatiques et la fidélité des membres de la cour. Le récit ne repose pas sur une simple suite linéaire d’événements. Une requête apparemment anodine peut provoquer des conséquences bien plus tard, tandis qu’un chevalier trop longtemps négligé risque de quitter définitivement la Table ronde.
La direction artistique constitue l’un des principaux points forts du jeu. Les décors et les personnages dessinés à la main sont sublimes, avec des couleurs douces et des traits précis. Les différents protagonistes se révèlent extrêmement expressifs et soignés dans leur design, avec en prime une bande-son qui accompagne merveilleusement cette atmosphère médiévale fantastique. L’ensemble nous plonge efficacement dans une ambiance de légendes arthuriennes faites de mystères, d’héroïsme, mais aussi de trahisons. Chaque journée commence par une audience durant laquelle vous écoutez les doléances des habitants du royaume, ou des représentants des régions voisines. Il faut savoir trancher, car les décisions prises peuvent modifier les relations avec les différentes factions, remplir ou vider le trésor et déclencher de nouvelles quêtes. Nos choix façonnent également la personnalité de notre souverain, ce qui augmente sa sagesse, son audace, sa bonté ou sa tyrannie. Certaines réponses et possibilités narratives deviennent alors accessibles, ou disparaissent, en fonction du comportement adopté. Les demandes acceptées sont ensuite transférées à la Table ronde. Il faut alors sélectionner le chevalier le mieux adapté à chaque mission.
Chacun d’eux possède des aptitudes distinctes en force, agilité, charisme, magie et intelligence. Une négociation exige naturellement un profil différent d’une chasse au monstre, ou d’une opération nécessitant une grande discrétion. L’équipement et les traits de caractères de chaque chevalier peuvent aussi modifier ses chances de réussite. Le jeu indique les compétences demandées, mais ne garantit jamais le résultat. Une mission peut déboucher sur une réussite absolue, un échec désastreux ou une conclusion totalement inattendue. Il faut étudier la nature de la tâche, les qualités du chevalier et ses préférences avant de prendre la meilleure décision. La gestion des chevaliers constitue le véritable cœur de l’expérience. Vous verrez que chacun de ceux que vous acceptez à votre service possède une personnalité, des valeurs et une manière particulière de réagir aux décisions. Ils peuvent formuler des doléances, s’opposer à vos méthodes, ou se montrer jaloux de l’attention accordée à leurs collègues. Il faut donc gérer leurs aptitudes, mais aussi leur satisfaction personnelle. Le jeu introduit ainsi une galerie de personnages mémorables, dotés de leurs propres ambitions, préférences et faiblesses.
Une Table ronde pleine de surprises
Il est possible de se rapprocher de certains d’entre eux, de découvrir leurs secrets et même de nouer plusieurs relations sentimentales. Cette gestion humaine permet au jeu de ne pas se réduire à un simple exercice mathématique où il suffit de choisir le chevalier avec les meilleures caractéristiques. Le personnage présentant les meilleures statistiques pour une tâche n’est pas nécessairement le choix le plus raisonnable. L’écriture alterne habilement entre situations absurdes et enjeux beaucoup plus sérieux. Les habitants peuvent vous demander de résoudre un exorcisme, de négocier avec une oie maudite, ou de retrouver un animal disparu, avant qu’un territoire voisin exige une alliance militaire, ou qu’un complot interne nécessite votre attention. Le ton est souvent drôle et mordant, mais rarement cynique. Sovereign Tower s’amuse avec les légendes arthuriennes, la noblesse et les habitudes de la cour, tout en construisant des personnages auxquels on finit par s’attacher réellement. Au fil de l’aventure, la tour s’agrandit progressivement avec de nouvelles annexes. Une forge permet notamment de se procurer des armes et de réparer les armures endommagées, tandis qu’une salle d’alchimie donne accès à des objets destinés à faciliter les expéditions.
Ces extensions ouvrent de nouvelles fonctions et permettent d’attribuer davantage de postes au sein de la cour. La reconstruction de la tour accompagne ainsi la montée en puissance du royaume. L’économie impose cependant de faire des choix. Le trésor sert à développer la tour, entretenir l’équipement et préparer les missions. Dépenser sans compter peut augmenter les chances de réussite immédiate, mais laisser le royaume incapable de répondre à une crise ultérieure. À l’inverse, économiser au détriment des chevaliers peut provoquer des échecs évitables. Sovereign Tower construit ainsi un équilibre intéressant entre gestion des besoins politiques, des ressources matérielles et des relations personnelles. Mais ce n’est pas tout, car dans les cryptes de la tour réside un démon capable de remonter le temps. Lorsqu’une décision conduit à une catastrophe, vous pouvez revenir à un moment antérieur tout en conservant les connaissances acquises. Il ne s’agit donc pas simplement de recharger une sauvegarde, puisque notre souverain se souvient de ce qui s’est produit et peut utiliser ces informations pour ouvrir de nouvelles voies afin de modifier un événement.
Cette mécanique apporte un poids inédit aux échecs et aux erreurs. Une mésaventure peut par exemple révéler l’identité d’un traître ou la solution cachée d’une quête. En revenant dans le passé et en exploitant ces nouvelles informations on donne une nouvelle direction à notre histoire. Le voyage temporel devient ainsi un outil d’enquête et de progression, plutôt qu’un simple moyen d’éviter des conséquences fâcheuses. Nos décisions peuvent complétement bouleverser le déroulement des intrigues, modifier les alliances et chambouler le destin des personnages. Les relations sentimentales peuvent aussi grandement influencer notre aventure. Cette profusion de ramifications narratives force le respect et apporte énormément de profondeur au jeu. Le mode Sovereign pousse le concept encore plus loin en désactivant par défaut les sauvegardes manuelles. Il faut alors vivre avec ses décisions et accepter jusqu’au bout les conséquences. On apprécie que le jeu nous laisse le choix d’activer ou non cette option qui renforce considérablement le sentiment d’accomplissement, mais peut aussi s’avérer très frustrante pour certaines personnes.
Sovereign Tower bénéficie d’une direction artistique magnifique, dessinée à la main et particulièrement bien détaillée, pour donner vie à cette histoire fantastique. Les visuels apportent beaucoup d’ampleur aux personnages, mais la présentation demeure néanmoins assez statique, avec peu d’animations.
La gestion du royaume et des diverses relations sociales profite d’une profondeur impressionnante pour un jeu ayant une telle ambition narrative. Nous ne sommes pas ici en présence d’un visual novel agrémenté de quelques mécaniques de gestion pour faire beau. Sovereign Tower vous demande de prendre soin de votre royaume et de vos chevaliers tout en gardant à l’œil vos voisins, avec en prime un système de voyage dans le temps qui pimente la narration. Les décisions ne se limitent pas à quelques variations de dialogue et peuvent transformer les relations, les quêtes et le destin du royaume.
La bande-son soutient efficacement l’ambiance médiévale fantastique, avec parfois une touche mélancolique très bienvenue. Elle nous accompagne agréablement durant nos longues heures de jeu, se faisant plus discrète par moment pour mieux renforcer son impact lors des événements importants.
Comptez une vingtaine d’heures pour finir l’aventure. Les nombreuses ramifications, les secrets à découvrir et le système de retour dans le temps donnent au jeu une excellente rejouabilité. Le jeu propose plusieurs fins et un New Game+ pour tenter facilement différentes approches puisque vous conservez vos améliorations.
Sovereign Tower réussit brillamment à associer RPG narratif, gestion d’empire et relations sociales, dans une œuvre prenante et très humaine. Sa superbe direction artistique donne vie à une cour composée de personnages excentriques et mémorables. Le titre passe habilement de situations cocasses à des moments plus sérieux, pour nous proposer des interactions poignantes où nos décisions ont de réelles conséquences. Le voyage dans le temps transforme aussi nos échecs en nouvelles opportunités et ajoute ainsi une couche narrative bien pensée. Sovereign Tower propose une aventure généreuse, drôle et profondément touchante. Un incontournable si vous appréciez les jeux narratifs avec une bonne dose de gestion.
+ Une direction artistique magnifique
+ Une excellente bande-son
+ Des chevaliers attachants
+ Des choix avec de vraies conséquences
+ La mécanique de retour dans le temps
+ L’équilibre entre moments drôles et dramatiques
+ La richesse de la narration et du gameplay