Avec Security 51, le studio Alawar revisite la formule de Papers, Please à travers un simulateur d’agent de sécurité travaillant dans un bâtiment hautement confidentiel. Installé dans les profondeurs de la Zone 51, vous devez vérifier l’identité des employés autorisés à emprunter un mystérieux ascenseur. Une tâche administrative en apparence banale, mais qui va progressivement faire place à une ambiance mêlant horreur et science-fiction.
Vous incarnez un agent de sécurité affecté à un bunker souterrain abritant des laboratoires, des expériences confidentielles et différentes anomalies. Les informations sont volontairement parcellaires et le jeu cultive le doute pour dévoiler petit à petit ce qui se trame en sous-sol. Vous êtes cadré par un supérieur taciturne et protocolaire qui vous guide au fur et à mesure de votre progression. Le titre nous fait commencer par des contrôles assez simples, consistant à vérifier la photo et le nom de la personne, pour ensuite passer sur des scans aux rayons X ou encore des analyses sanguines. Il faut être très méthodique car vous avez plusieurs consignes à respecter avec différents degrés de priorité. Par exemple, s’il faut arrêter les personnes ayant un faux nom ou une éruption cutanée mais que la consigne principale est de laisser passer les individus ayant une température élevée, alors c’est cette information qui prime sur tout le reste. L’ambiance constitue incontestablement l’un des principaux points forts de Security 51. Le poste de contrôle, l’ascenseur qui descend vers des niveaux inconnus et les installations souterraines où sont menées d’étranges expériences, tout ceci crée immédiatement une sensation d’isolement et de mystère. Le tout est servi par un pixel art magistral qui donne vie à cette atmosphère énigmatique et inquiétante.
Le principe de base consiste à examiner les personnes qui se présentent au poste de contrôle. Il faut comparer leur visage avec leur photographie, vérifier leur nom, leur fonction, leur niveau d’autorisation et les horaires auxquels elles peuvent accéder à certaines zones. Le registre permet également de surveiller le nombre de personnes qui descendent dans le bunker et celles qui en ressortent. Les premières journées restent relativement simples et permettent d’assimiler les procédures. La difficulté augmente ensuite avec l’introduction de nouveaux critères et outils de vérification. Appareil photo, scanners, outil de contrôle des empreintes digitales ou d’analyse sanguine, vous aurez de quoi faire. Mais il n’est pas toujours évident de comprendre le fonctionnement de toutes ces machines et ce qu’on attend de nous, la faute à un didacticiel pas toujours très clair. Heureusement, le jeu profite d’une très bonne traduction française ce qui aide à rentrer dans la peau du personnage. En plus de vérifier qui descend dans le complexe souterrain et qui en remonte, notre direction nous confie bien vite la gestion des détecteurs présent dans l’ascenseur. Il faut alors jongler entre la vision normale, nocturne et thermique pour détecter les anomalies potentielles. Les champignons et les moisissures parasitaires seront par exemple visibles avec la vision nocturne, tandis que les infections pourront être repérées avec la vision thermique.
Chaque détail a son importance
Si une anomalie est détectée, vous pouvez alors cliquer directement sur le suspect depuis votre écran de contrôle pour appliquer un des protocoles prévus : l’envoyer au quartier d’isolement ou l’exterminer, en fonction de la directive de sécurité du moment. Il est possible de gérer les individus envoyés en isolement de différentes manières. Vous pouvez mener des expériences sur eux pour faire avancer les recherches et en apprendre davantage sur la nature des anomalies, des infections ou des mutations biologiques. Vous pouvez prendre soin d’eux et essayer de les traiter. Enfin, il reste l’option de libérer les individus une fois qu’ils sont sains, ou si les directives les concernant changent. La grande réussite de cette formule vient de la manière dont elle détourne une activité répétitive pour créer de la tension. Au début, on cherche simplement une erreur dans un badge. Quelques journées plus tard, on analyse chaque détail en se demandant si l’employé placé devant nous est réellement humain. Une erreur de jugement peut avoir de lourdes répercussions. Mais si vous savez grâce à l’évaluation de fin de journée si vous avez commis un impair, vous n’en connaissez pas immédiatement les conséquences. Peut-être avez-vous laissé partir une personne infectée qui causera une pandémie dans plusieurs jours.
Il y a aussi un chronomètre à respecter, ce qui nous pousse à effectuer notre travail rapidement. Une pression qui peut générer une certaine frustration si on préfère une approche lente et méthodique. L’avantage d’être rapide consiste à profiter d’un bonus sur sa paie, qui sert à acheter des vivres, des antidépresseurs, ou des améliorations. Si la tension est bien présente, le jeu ne manque pas d’humour pour autant. Certains détails loufoques sont très bien vus pour alléger l’ambiance délétère du jeu. Par exemple, dans la salle de quarantaine vous pouvez utiliser un canard en plastique, ou une boule disco, pour analyser les réactions des cobayes. Le jeu propose à chaque fois un texte explicatif qui ne manque pas d’humour pour décrire l’expérience. Security 51 propose plusieurs niveaux de difficulté et de multiples fins pour donner envie de se replonger dans l’aventure. L’aspect parfois ambigu du titre risque malgré tout de freiner les ardeurs. Il faut savoir se monter patient, voire indulgent, pour vraiment profiter de Security 51. Si la répétitivité s’installe immanquablement au fil des parties on prend plaisir à retrouver cette atmosphère originale, qui sait si bien marier humour, horreur, mystère et science-fiction. Pour une dizaine d’euros, le jeu du studio Alawar nous sert ici un digne héritier de Paper, Please.
Le rendu en pixel art est magnifique, avec une ambiance rétro qui colle parfaitement au ton de cet univers bureaucratique. L’atmosphère se révèle tantôt oppressante, mystérieuse ou drôle, ce qui est particulièrement bien retranscrit à l’écran grâce à des animations soignées. Un des gros points forts du jeu d’Alawar.
Le gameplay très méthodique propre à ce style de jeu fonctionne très bien. La vérification des documents, des autorisations et des caractéristiques physiques, s’agrémente au fur et à mesure de nouvelles tâches pour varier les situations. Le gameplay devient toutefois répétitif sur la durée et certaines règles gagneraient à être expliquées plus clairement.
La bande-son reste discrète, mais elle accompagne efficacement la solitude du poste de contrôle et la montée progressive de la menace. Les sons mécaniques, les alarmes et les bruits provenant du complexe entretiennent la tension en nous plongeant dans une atmosphère où le danger peut survenir n’importe quand.
La campagne principale reste relativement courte, comptez entre quatre et cinq heures pour en voir le bout. La présence de différentes fins pousse à se replonger dans l’aventure, mais l’aspect répétitif peut limiter l’envie d’enchaîner plusieurs parties à la suite. L’ajout d’un mode sans fin permet aussi aux plus passionnés d’explorer cet univers dans ses moindres recoins.
Security 51 reprend la formule de Papers, Please en la mettant à sa sauce : un mystérieux complexe souterrain inspiré des récits entourant la Zone 51 où vous devez garantir la sécurité en suivant scrupuleusement le protocole. L’évolution des procédures et l’arrivée de nouveaux outils entretiennent l’intérêt, même si le jeu n’échappe pas à une certaine répétitivité. On regrette surtout un manque de clarté vis-à-vis de certaines mécaniques. Mais on pardonne vite ses errances à Security 51 grâce à sa réalisation impeccable et son univers intriguant, remplit de tension, de secrets, d’épouvante, mais aussi d’humour. Ce ton décalé fonctionne à merveille et donne envie de creuser la surface, notamment grâce à la qualité de la traduction française. Une approche captivante, à prix réduit, qui saura vous séduire si vous aimez plonger dans des ambiances atypiques où une erreur peut avoir de lourdes conséquences.
+ Une ambiance excellente
+ Un gameplay qui se complexifie progressivement
+ Découvrir les conséquences de ses erreurs
+ Le pixel art très soigné
+ Le mélange d’horreur et d’humour
+ Petit prix