Avec Legion Was Here, le développeur français Geoffroy Monde nous propose un jeu d’espionnage basé sur l’observation et la déduction. Ici, pas question de s’infiltrer dans une base militaire en évitant caméras et gardes armés. Pour approcher ses cibles, notre agent secret doit voler l’identité de leurs proches, reproduire leur apparence et surtout apprendre suffisamment de détails sur leur vie privée pour ne pas être démasqué au cours des conversations. Un concept particulièrement original, servi par un humour noir et absurde qui apporte beaucoup de personnalité à l’aventure.
Nous incarnons Legion, un espion disposant d’une faculté pour le moins pratique dans cette profession : il peut modifier son apparence à volonté. Forme des yeux, des oreilles, de la bouche, âge… Legion est un véritable caméléon. Différentes agences internationales font appel à ses talents pour des missions nécessitant d’approcher des individus sans éveiller leurs soupçons. Pour cela, la meilleure solution consiste souvent à prendre l’apparence d’une personne en laquelle la cible a une confiance absolue : mari, frère, fils, ami d’enfance, etc. Mais avoir le bon visage ne suffit pas. Il faut également connaître la personne que l’on prétend être. Une relation oubliée, un détail personnel incorrect ou une mauvaise réponse peuvent rapidement faire voler notre couverture en éclats. Legion Was Here transforme ainsi la conversation en mécanique d’infiltration. Car ce n’est pas notre capacité à rester caché qui garantit notre survie, mais notre aptitude à convaincre notre interlocuteur que nous sommes réellement la personne dont nous avons usurpé l’identité. Les dialogues sont savoureux, intelligents et plein d’humour. Une qualité très appréciable pour un jeu disposant d’autant de lignes de texte.
L’ambiance joue énormément sur le décalage entre l’univers de l’espionnage et l’absurdité des situations. Aux traditionnels FBI ou MI6 viennent s’ajouter des employeurs beaucoup plus improbables, puisque même des fantômes ou des mascottes de parc d’attractions peuvent demander l’aide de notre drôle d’agent. Legion Was Here ne cherche donc jamais réellement le réalisme et préfère parodier avec intelligence les clichés des films et des séries d’espionnage. Si les premières missions sont plutôt vraisemblables on vire vite dans le rocambolesque, comme lorsqu’on doit infiltrer des extraterrestres installés sur Terre et qui vouent une passion au monde du cirque. Visuellement, le jeu adopte une réalisation volontairement stylisée, assez minimaliste et parfaitement adaptée à son humour. Le résultat ne cherche évidemment pas à impressionner techniquement, mais les personnages possèdent suffisamment de caractère et de charme pour nous immerger efficacement dans cette ambiance décalée. En outre, ce rendu visuel sert efficacement l’une des mécaniques fondamentales du jeu, à savoir la reconstruction des visages, une étape indispensable pour approcher nos cibles.
Enfilez votre plus beau visage
Dans Legion Was Here une mission commence toujours par un travail d’investigation. Pour endosser l’identité nécessaire à notre infiltration, nous recevons un dossier contenant différents documents. Photos prises à la dérobée, informations personnelles sur les relations et les habitudes de la personne à incarner, ainsi que d’autres éléments apparemment insignifiants mais pouvant cacher de précieux indices. Les images partagées restent bien sûr suffisamment imprécises pour nous forcer à déduire l’apparence adéquate. C’est dans la salle d’opération que la magie opère. Nous pouvons modifier l’âge de Legion, sa coiffure, son nez, la couleur de ses yeux, de ses cheveux et de nombreux autres attributs. L’objectif est de reconstruire aussi fidèlement que possible le physique visé à l’aide des informations du dossier. Mais pour être crédible, le physique ne suffit pas. Le jeu vous permet de noter sur la main de Legion les informations que vous trouvez pertinentes, afin d’y avoir accès durant la phase de dialogue. Des thématiques sont présentes, par exemple les habitudes alimentaires, les faits marquants, les anniversaires, ou encore les voyages.
Pas facile de deviner ce qui compte vraiment parmi toutes les informations disponibles dans les dossiers. Le jeu nous demande d’être perspicace et nous pousse à la déduction à partir de pistes parcellaires. Même l’emballage d’une barre chocolatée peut avoir son importance. Il faut donc examiner attentivement chaque élément, croiser les informations et essayer de comprendre qui est réellement la personne que l’on doit incarner. Une fois face à notre cible vient l’épreuve la plus périlleuse, la conversation. Ces séquences reprennent les principes du visual novel, avec différents choix de réponses. L’interlocuteur interroge Legion sur différentes informations privées et les notes inscrites sur la main de l’espion prennent ici toute leur importance. Dommage que l’espace limité et l’écriture pas toujours très lisible de Legion nous gêne dans la compréhension de ces notes. Mais en même temps cela retranscrit assez bien le défi d’être un agent infiltré. Le gameplay repose entièrement sur cette boucle et si le concept est suffisamment original pour conserver son intérêt pendant l’aventure, notamment grâce à une écriture aux petits oignons, il reste mécaniquement assez limité.
Heureusement, les missions ne se déroulent pas systématiquement de la même façon, de petites variantes pouvant apparaître. Ceci permet de donner davantage l’envie de repartir en mission pour atteindre les 100% de crédibilité. Cette rejouabilité apporte un peu de profondeur à une aventure qui reste volontairement courte pour ne pas épuiser son concept. Comptez entre trois et quatre heures pour terminer l’aventure. Même si cela peut varier, car l’analyse des dossiers peut s’avérer particulièrement délicate. Le système de score et les variations entre les missions peuvent prolonger l’expérience pour celles et ceux qui cherchent à devenir l’imposteur parfait, mais il ne faut clairement pas s’attendre à une durée de vie très poussée. Il n’en reste pas moins une aventure très prenante, si vous aimez éplucher des tonnes de documents et vivre des histoires rocambolesques. Un univers drôle et absurde, qui ne conviendra pas à tout le monde avec son humour acide, mais pourra vous faire vivre d’excellents moments aux côtés de cet espion métamorphe.
Legion Was Here profite d’un style graphique soigné, qui se marie bien avec l’humour très particulier du titre. Si vous aimez les ambiance style Visual Novel, avec un aspect loufoque, vous serez servi. Seul regret, les annotations sur la main sont parfois difficiles à lire.
Le titre s’appuie sur un concept drôle et original, qui demande une véritable attention. Les deux phases s’imbriquent bien, avec en amont une partie dédiée à la préparation, pour prendre la bonne apparence et récolter les informations essentielles, puis mener à bien la mission sur le terrain. Les opérations proposent des commanditaires variés, mais la boucle de gameplay reste assez limitée et ne conviendra pas à tout le monde.
L’environnement sonore participe bien à l’immersion dans cette aventure d’espionnage pas comme les autres. Une bande-son efficace, qui sans être mémorable nous accompagne bien pendant nos péripéties.
Comptez entre trois et quatre heures pour faire le tour des missions. C’est assez court, mais permet au concept d’éviter de s’épuiser. Vous pourrez aussi recommencer les missions pour espérer atteindre une crédibilité parfaite de 100 %. Les variations possibles lors de nouvelles tentatives offrent également une certaine dose de rejouabilité.
Legion Was Here nous propose une vision particulièrement originale du jeu d’espionnage, dans laquelle l’observation est bien plus importante que la discrétion. L’idée de reconstruire l’apparence d’une personne à partir de quelques indices, puis de regrouper les informations essentielles, afin d’usurper son identité fonctionne remarquablement bien. Les conversations durant la seconde partie des missions complètent parfaitement le tableau, avec des dialogues malins et drôles. L’atmosphère loufoque donne un cachet unique à cette aventure qui mélange habilement enjeux dramatiques et humour noir. L’aventure est assez courte, ce qui n’est pas plus mal pour limiter l’aspect répétitif du gameplay. Pour une dizaine d’euros, Legion Was Here constitue une très bonne pioche si vous recherchez un jeu d’enquête qui sort des sentiers battus.
+ Un concept d’espionnage original
+ Modifier son visage à volonté
+ Regrouper les indices
+ Des dialogues très bien écrits
+ Un humour noir absurde
+ Petit prix