Avec Dupery: A Game of Solo Deduction, le studio indépendant Gilded Rune Games propose un jeu de réflexion solo avec une dimension roguelike. Vous incarnez un détective chargé de démanteler un puissant syndicat du crime dans une ambiance de polar à l’ancienne. Tout le monde est suspect et vous devez démêler le vrai du faux pour éviter d’incriminer des innocents, sinon votre réputation sera sérieusement mise à mal.
Sur le papier, le concept rappelle immédiatement les jeux de déduction type Cluedo, où vous devez dénicher le coupable avec une poignée d’indices. Dans Dupery, vous trouvez quatre types de personnages : les Innocents, les Curieux, les Complices et les Traitres. Pour réussir une enquête vous devez arrêter tous les Complices et les Traitres cachés en ville. Chaque affaire est générée procéduralement et place différents personnages sur une grille, où chaque case représente une adresse. Il faut frapper aux portes pour révéler qui habite aux différentes adresses et recueillir ainsi des informations. À vous alors de les analyser, de les comparer et aussi de les remettre sérieusement en question. Car dans Dupery, la confiance est un luxe que l’on peut difficilement se permettre. Derrière un Facteur peut se cacher en réalité un Tueur en série ou un Caïd, qu’il faut absolument arrêter. Mais si par mégarde vous arrêtez un innocent vous perdez de la réputation, pour au final être renvoyé si vous commettez trop d’impairs. Chaque affaire comporte plusieurs enquêtes, entre 6 et 16 en fonction du niveau de difficulté choisi. Il existe des moyens de regagner de la réputation, mais ils sont rares, il vaut mieux donc peser à deux fois ses conclusions avant d’arrêter qui que ce soit.
Vous trouvez à droite de la grille la liste des suspects, mais tous ne sont pas présents en ville. C’est à vous d’assembler les pistes pour trouver qui est vraiment présent, qui ment et se fait passer pour quelqu’un d’autre. Le jeu explique très clairement comment réagit un personnage honnête et son comportement s’il ment ou s’il est corrompu. La difficulté réside dans le fait que les Curieux peuvent mentir, mais sont considérés comme des Innocents. Certains Complices et Traitres, ainsi que quelque Curieux peuvent également corrompre des Innocents, qu’il ne faut surtout pas arrêter. Le jeu propose plus de 200 rôles, avec différentes aptitudes, pour pimenter les affaires et faire chauffer vos neurones. Le Mathématicien peut par exemple révéler la somme des adresses occupées par les personnages malveillants, le Facteur vous dit si un suspect est présent en ville et quel autre n’y réside pas, tandis que le Journaliste vous dit à combien de cases il se trouve du criminel le plus proche. De son côté, Monsieur Météo vous donne trois adresses, avec un Innocent, un Curieux et un Complice ou un Traitre, mais sans vous les révéler, à vous de trouver qui est qui.
Pour les Curieux, vous pourrez avoir à faire au Chasseur de prime, qui désigne deux personnes, l’une d’elles ayant été corrompue par ses soins. Le Bouc émissaire ne fait rien de spécial, mais tout le monde le prend pour un criminel, ce qui peut fausser certains indices. Côté malfrats justement, le Tueur en série abat régulièrement un personnage qui lui est adjacent, l’Empoisonneur corrompt un Innocent à proximité, tandis que le Critique double vos pertes de réputation. Les personnages qui mentent, ou sont corrompus, donnent souvent l’inverse de la vraie réponse, mais l’impact est parfois plus subtil. Si le Monsieur météo est corrompu par exemple il vous indiquera trois personnes honnêtes. Les possibilités sont très nombreuses, mais heureusement, certains rôles ont des capacités actives pour nous aider à y voir plus clair. Le Vigilante peut par exemple tuer quelqu’un et ne rate sa cible que si elle est innocente, ou s’il est lui-même corrompu. Le Tailleur vous permet de choisir deux adresses pour révéler si les personnes qui y vivent ont le même alignement ou pas. Certaines cartes sont plus faciles que d’autres à interpréter et c’est tant mieux ! Cela permet de donner un point de départ à notre réflexion qui doit jongler avec un bon paquet de paramètres.
Mettez votre cerveau en ébullition !
Pour éviter de transformer chaque enquête en une collection de notes griffonnées sur un véritable morceau de papier posé à côté du clavier, le jeu intègre son propre tableau d’investigation. Ficelles, punaises et marqueurs de différentes couleurs permettent de matérialiser les hypothèses et d’organiser les informations recueillies. L’idée colle parfaitement à l’ambiance policière du jeu tout en répondant à un véritable besoin, car le nombre de pistes à confronter donne parfois le vertige. Malgré tout, on manque parfois de place et avoir en prime un cahier virtuel pour noter au clavier quelques idées aurait été bienvenu. Dupery enchaîne plusieurs enquêtes sur une même affaire et permet de gagner un avantage entre chaque mission. Il est ainsi possible de choisir un type d’Innocent qui sera toujours en jeu, ou au contraire d’exclure un Complice ou un Traitre. Vous pourrez aussi modifier légèrement certains comportements, ou choisir des bonus plus hasardeux, qui remplacent aléatoirement certains avantages. Le titre propose même des handicaps si vous souhaitez corser davantage l’affaire en cours. Sans être mauvaise, cette partie de fin de mission ne nous a pas entièrement convaincu et constitue à nos yeux la principale faiblesse du jeu.
En résolvant des affaires vous accéderez à des niveaux de difficulté supérieure et de nouvelles zones. Vous commencez en ville, puis vous débloquerez le casino et les docks. Chaque zone dispose des ses propres mécaniques de gameplay et ses personnages spécifiques. Dans le casino, votre réputation est remplacée par des jetons que vous pouvez utiliser pour activer certaines compétences. Vous piochez aussi des cartes pouvant avoir divers effets en fonction des suspects interrogés. La zone des docks vous met à la barre d’un bateau et vous oblige à utiliser du carburant pour visiter les suspects afin de les arrêter. Si vous tombez en panne sèche en pleine mer vous pouvez dire adieu à votre affaire. Terminer une région permet d’obtenir de nouveaux rôles et de vous rapprocher des têtes pensantes du syndicat. Finalement, vous débloquerez une dernière campagne pour enquêter directement sur le territoire du syndicat afin d’appréhender son cerveau. Niveau ambiance, Dupery adopte une présentation sobre, style jeu de plateau, qui fonctionne très bien avec le concept. L’atmosphère digne d’un polar noir, la présentation des suspects et les outils qui aident notre enquête donnent l’impression de travailler sur un véritable dossier criminel. Chaque zone a son ambiance visuelle et sonore, avec des musiques très bien choisies.
Évidemment, le concept possède aussi son revers. Dupery est un jeu laborieux et cérébral, qui demande de la méthode et de la rigueur. L’excellente accessibilité du titre, sa traduction en français et les outils proposés (marqueurs, ficelles et punaises) constituent de grands atouts pour aider la réflexion. Mais cela ne change rien au fait que le titre exige de la patience, car une grande partie du plaisir consiste à lire, croiser des informations et vérifier méthodiquement ses hypothèses. Il faut donc aimer se faire des nœuds au cerveau pour profiter de l’expérience. L’approche procédurale et les nombreux types de suspects apportent surtout une excellente réponse au principal danger qui guette ce type de jeu : la répétitivité. Les affaires étant générées procéduralement, les personnages, informations et associations changent. Il ne suffit donc pas de mémoriser la solution d’une enquête. Il faut comprendre le fonctionnement des différents rôles et apprendre à utiliser les informations qu’ils fournissent pour avancer. Avec plus de 200 rôles répartis sur les différentes zones, les combinaisons possibles offrent une excellente rejouabilité. Pour couronner le tout, Dupery propose un mode entièrement configurable en plus des affaires classiques pour créer vos enquêtes sur-mesure.
Dupery: A Game of Solo Deduction bénéficie d’une esthétique de polar noir très réussie. La présentation s’avère sobre et efficace, ce qui colle bien avec le ton du jeu. Ne vous attendez pas à une déferlante d’effets visuels. L’écran de fin de partie se révèle d’ailleurs un peu trop sage à notre goût.
C’est incontestablement là que le jeu brille le plus. Le gameplay est malin et parvient à imbriquer habilement toutes ses mécaniques pour que l’ensemble tienne parfaitement la route : Recouper les témoignages, comprendre les différents rôles, s’adapter aux spécificités des zones et agencer les indices pour y voir clair et arrêter les criminels.
L’ambiance sonore accomplit du bon travail pour nous immerger dans cette atmosphère de polar faite de suspicion et de trahison. Chaque zone de jeu dispose de son thème musical pour donner une ambiance particulière au lieu. De leur côté, les bruitages sont plutôt discrets mais collent bien à l’ensemble.
Le jeu parvient à se renouveler intelligemment grâce à la génération procédurale des enquêtes et l’aspect roguelike. Avec plus de 200 rôles et les trois zones avec leurs mécaniques spécifiques, Dupery: A Game of Solo Deduction s’appuie sur une solide variété de situations. Le titre propose même de créer ses propres enquêtes sur-mesure. Si vous aimez vous creuser les méninges vous aurez du mal à le lâcher.
Dupery: A Game of Solo Deduction est une très belle surprise, dotée d’un gameplay qui pousse notre réflexion dans ses retranchements. Son principe consistant à comparer des témoignages, repérer les mensonges puis risquer sa réputation en procédant aux arrestations fonctionne merveilleusement bien. Son atmosphère de polar, ses nombreux rôles et son accessibilité nous incitent à plonger encore et encore dans les enquêtes. La génération procédurale des affaires offre également une excellente rejouabilité. Le titre de Gilded Rune Games est un incontournable pour qui aime se triturer le cerveau grâce à sa formule particulièrement efficace et son prix abordable.
+ Un excellent concept de déduction
+ Plus de 200 rôles
+ Des enquêtes générées procéduralement
+ Les outils d’enquête intégrés
+ La traduction française
+ Un petit prix