Seismic Squirrel et Chaos Theory Games nous proposent un RPG narratif aussi élégant qu’original, mêlant polar noir, rétrofuturisme et combats tactiques à bord de voitures volantes. Dans un New York alternatif des années 1930, la découverte de l’éther a permis de défier la gravité et de construire une métropole suspendue dans les nuages. Mais derrière les façades Art déco et les automobiles rutilantes se cache une ville profondément divisée, gangrenée par le crime, la corruption et les ambitions de puissants barons industriels.
L’histoire met en scène Gia « Eight-Shot » Randazzo, une contrebandière endurcie dont le passé continue de la poursuivre. Après une opération qui a mal tourné Gia doit se refaire une réputation. Elle accepte donc un contrat qui sent l’embrouille à plein nez. En effet, elle doit transporter Nellie, une jeune scientifique issue des quartiers les plus privilégiés, et la mettre à l’abri. Bien évidemment, cette mission cache de nombreux mystères et va rapidement plonger notre héroïne dans une vaste conspiration menaçant l’équilibre de toute la ville. Pour survivre, Gia devra se montrer convaincante, recruter des alliés, gagner la confiance de personnages clés et naviguer entre syndicats du crime, sociétés secrètes et factions politiques peu recommandables. Le scénario adopte les codes du roman noir avec ses personnages ambigus, ses monologues intérieurs et ses dialogues chargés de métaphores. La narration reste donc très caricaturale pour coller au genre du polar noir et n’hésite pas à reprendre des tropes bien connus. Le premier exemple concerne celui de cette ville à deux niveaux, avec les riches dans les hauteurs qui profitent de tout le confort et la sécurité, tandis qu’en dessous s’entassent les plus pauvres, dans des quartiers où règnent la débrouillardise et la loi du plus fort.
Le jeu aborde des sujets comme la lutte des classes, la corruption, la quête de pouvoir, l’appât du gain et les limites de la moralité, dans un monde où la naïveté peut coûter cher. Le contraste entre Gia, la roublarde dure à cuire, et Nellie, la jeune ingénue qui sort de sa tour d’ivoire, va mettre en perspective ces thématiques dans des dialogues savoureux. Certes les personnages accumulent les clichés, mais l’atmosphère de polar s’avère particulièrement convaincante. Gia observe le monde avec cynisme et lucidité, tandis que les conversations alternent entre menaces, humour sec et révélations inquiétantes. Le doublage intégral contribue fortement à l’immersion. Le jeu compte plus de 200 personnages interprétés pour environ 34 heures de dialogues enregistrés. Les rencontres secondaires profitent ainsi presque toutes d’une véritable personnalité, même lorsque les protagonistes concernés ne restent que brièvement à l’écran. La direction artistique constitue également l’un des principaux attraits d’Aether & Iron. Les décors dessinés à la main s’inspirent des bandes dessinées policières des années 1930 et de l’architecture Art déco, avec un style rétrofuturiste parfaitement maitrisé. Les gratte-ciels suspendus, les enseignes lumineuses, les quartiers industriels embrumés et les élégantes voitures alimentées à l’éther donnent à la ville une identité unique.
Une ville flottante au charme irrésistible
Chaque lieu semble conçu comme une illustration d’un magazine pulp, avec des couleurs appuyées et des personnages aux silhouettes marquées. La présentation reste néanmoins assez statique, à l’image d’un visual novel. La bande-son accompagne admirablement cette aventure dans les nuages. Composée par Christopher Tin et Alex Williamson, elle mélange orchestrations classiques, influences jazz et tonalités mélancoliques. Les morceaux savent se faire tendus pendant les poursuites, mystérieux dans les quartiers interlopes et plus intimistes lors des moments consacrés aux dialogues entre les personnages. Associée à la qualité des voix et des bruitages, la musique renforce efficacement l’immersion dans ce polar rétrofuturiste. Aether & Iron accorde une place centrale aux dialogues et aux décisions qui en découlent. Gia possède trois aptitudes principales : le culot, la débrouillardise et la malice. Ces caractéristiques permettent de débloquer des réponses inédites, d’influencer les personnages rencontrés ou d’essayer une voie alternative pour résoudre un problème. La réussite est généralement conditionnée par un jet de dés dépendant de vos statistiques. Sans être foncièrement novateur, ce système fonctionne très bien et renforce la dimension « jeu de rôle » de l’aventure. Les choix effectués influencent le déroulement des missions, le sort de certains personnages et l’orientation de la conclusion.
Aether & Iron propose 16 fins différentes, qui ne sont pas complétement uniques. Vous trouverez des conclusions pour les histoires personnelles des personnages et les intrigues de faction, que le jeu assemble pour proposer un dénouement cohérent. Beaucoup de fins se ressemblent donc, mais elles restent à chaque fois en accord avec notre aventure et s’inscrivent parfaitement dans la continuité narrative. L’originalité d’Aether & Iron ne repose pas uniquement sur sa narration. Au lieu de proposer des affrontements classiques entre personnages, le jeu mise sur des combats de véhicules au tour par tour. Gia et son équipe affrontent leurs adversaires sur des routes aériennes où le positionnement, les dangers liés à la circulation et l’équipement des voitures deviennent essentiels. Cette formule transforme chaque poursuite en confrontation tactique et apporte un changement de rythme bienvenu après les longues phases narratives. Différents véhicules peuvent être achetés et améliorés afin de privilégier la mobilité, la résistance, la puissance de feu ou la contrebande. Blindage, compartiments secrets, fumigènes, mitrailleuses, lance-grenades et lance-flammes… Tout est là pour adapter votre bolide à votre style de jeu. Les membres de l’équipe apportent également leurs talents propres, aussi bien pendant les affrontements que dans les situations sociales. Bien composer son groupe est donc essentiel pour associer des compétences complémentaires. Aether & Iron parvient donc à imbriquer habilement ses différentes couches de gameplay pour offrir une expérience solide et très prenante.
Aether & Iron possède une identité visuelle exceptionnelle, nourrie par les comics policiers des années 1930, le style Art déco, ainsi qu’une vision rétrofuturiste qui métamorphose complétement New York. Il en ressort une ambiance unique, soignée et très attachante. La mise en scène reste toutefois assez figée, proche d’un visual novel, donc ne vous attendez pas à des animations spectaculaires.
Les dialogues à choix multiples, les tests de compétence, la partie RPG et les combats tactiques en véhicules forment un mélange très efficace, où chaque couche de gameplay s’imbrique habilement dans un ensemble cohérent. Les équipes en charge du jeu ont bien dosé le tout, avec beaucoup de profondeur, mais sans lourdeur. La personnalisation des voitures et la composition de l’équipe laissent aussi une véritable place à l’expérimentation.
La composition orchestrale teintée de jazz de Christopher Tin et Alex Williamson colle très bien à cette ambiance de polar noir. Le doublage intégral, l’interprétation des nombreux personnages et les différents bruitages participent aussi pleinement à l’immersion. L’ensemble nous accompagne efficacement aussi bien dans les conversations intimistes que durant les poursuites les plus tendues.
Comptez entre 25 et 30 heures pour finir l’aventure. Cette durée peut naturellement varier selon votre envie d’accomplir les missions secondaires et de parcourir tous les dialogues. La rejouabilité est aussi très solide, grâce aux nombreuses approches proposées et aux 16 fins disponibles.
Aether & Iron réussit à associer un univers Steampunk Art déco surprenant, une ambiance de polar noir, une narration très prenante et des combats tactiques en voitures volantes. L’ensemble tient très bien la route pour nous faire vivre une aventure palpitante. Le titre nous présente un New York alternatif dans les nuages, où complots, magouilles et jeux de pouvoir s’entremêlent, dans une intrigue pleine de rebondissements. Vous disposez d’une bonne marge de manœuvre pour vivre votre propre histoire, en choisissant vos réponses lors des dialogues, en gérant votre groupe et son évolution, ainsi que l’approche tactique durant les combats. Certes, le jeu n’échappe pas à certains poncifs, mais l’immersion est assurée grâce à des visuels et une bande-son de haute volée. Les fans de RPG peuvent y aller les yeux fermés !
+ Une direction artistique somptueuse
+ Des personnages soignés
+ Un doublage très convaincant
+ Des combats tactiques en véhicules bien pensés
+ Les choix narratifs
+ Un univers cohérent et immersif