Mélanger cuisine, deckbuilding et folklore des îles britanniques, voilà la recette pour le moins originale concoctée par Clumsy Bear Studio avec Hungry Horrors. Dans cette aventure en pixel art, pas question de terrasser les monstres à grands coups d’épée. Il faut au contraire leur préparer de bons petits plats avant qu’ils ne décident de nous ajouter à leur menu ! Une idée amusante qui permet au titre de revisiter intelligemment les mécaniques traditionnelles du roguelike et du jeu de cartes.
L’histoire nous place dans la peau d’une princesse particulièrement gâtée, beaucoup plus intéressée par la sieste et l’état de ses ongles que par le travail. Malheureusement pour elle, une terrible malédiction s’est abattue sur son royaume et les créatures issues du folklore britannique et irlandais se sont transformées en monstres affamés. Plus terrible encore, aucun prince charmant ne semble décidé à venir régler le problème à sa place ! Notre héroïne va donc devoir se retrousser les manches et sauver elle-même son royaume. L’aventure ne manque pas d’humour, avec une héroïne qui n’a clairement rien de la princesse courageuse et volontaire à laquelle on peut s’attendre. Elle est notamment accompagnée par un chat sarcastique qui va la guider dans son périple et ne manque pas de commenter la situation. Ce ton décalé contraste agréablement avec les créatures parfois inquiétantes rencontrées en chemin. Tout ceci apporte beaucoup de personnalité à l’aventure grâce à des dialogues savoureux très bien traduits en français.
Hungry Horrors puise abondamment dans les légendes anglaises, irlandaises, écossaises et galloises. Jenny Greenteeth, Dullahan, Queen Mab et bien d’autres créatures folkloriques viennent ainsi se mettre à table. Le titre propose 34 Horreurs, ainsi que 13 personnages légendaires répartis sur huit biomes. Forêts obscures, marécages inquiétants, prairies ou Highlands participent à construire une atmosphère à mi-chemin entre conte folklorique et dark fantasy, avec toujours un brin d’humour pour assaisonner le tout. La réalisation en pixel art illustre parfaitement cet univers. Les graphismes ne cherchent évidemment pas à impressionner techniquement, mais ils sont soignés et attachants, que ce soit pour les environnements, les créatures ou les personnages. C’est au niveau de son gameplay que Hungry Horrors dévoile sa plus grande originalité. Les affrontements reprennent les grands principes des deckbuilders, à un détail près : au lieu d’attaquer les adversaires, on doit les nourrir. Chaque carte correspond à un plat inspiré de véritables recettes britanniques ou irlandaises, parmi lesquelles le Pudding du Yorkshire, le Cranachan, le Toad in the Hole ou encore la Gelée d’anguille.
À table les monstres !
Il ne suffit évidemment pas de jeter quelques cartes en pâture aux monstres pour remporter la partie. Les plats sont associés à cinq saveurs différentes : salée, acide, umami, amère et sucrée. Chaque Horreur possède ses préférences et ses aversions. Il faut identifier ses goûts puis enchaîner intelligemment les saveurs afin d’exploiter les synergies et remplir sa jauge de faim avant qu’il ne parvienne jusqu’à notre héroïne. Le gameplay s’appuie sur les chaines d’envie qui permettent de cumuler les effets de vos plats. Chacun d’eux entraine une nouvelle envie qui doit être satisfaite pour poursuivre la chaine. Par exemple, le Pâté de Cornouailles est un plat umami qui donne envie de salé. Si le prochain plat servi répond à cette exigence alors la chaine d’envie se poursuit et le score de faim grossit. Dans le cas contraire vous marquez seulement les points liés au plat et démarrez une nouvelle chaine. Le jeu propose 62 plats afin de satisfaire le palais des monstres. Les assaisonnements peuvent également modifier la saveur d’un plat et débloquer de nouvelles capacités, tandis que les ustensiles de cuisines, les potions et les artefacts peuvent vous accorder divers avantages.
Ce système fonctionne très bien et confère beaucoup de charme au jeu. Là où la plupart des deckbuilders nous demandent d’optimiser les dégâts infligés aux adversaires, Hungry Horrors transforme cette logique en course contre la faim. Les Horreurs avancent inexorablement vers la princesse et il faut les rassasier avant qu’ils arrivent jusqu’à elle. Et si l’on échoue, c’est évidemment notre malheureuse cuisinière qui finit au menu ! Le jeu pousse le vice jusqu’à proposer 33 animations de mort différentes. Les monstres ne font pas qu’avancer, ils peuvent aussi vous faire des dégâts, vous empoisonner, ajouter de mauvaises cartes à votre deck, réduire les effets des plats contenant certains ingrédients, etc. Pour contrer cela vous pourrez manger vos propres préparations, si vous souhaitez par exemple regagner des points de vie, ou vous débarrasser d’un malus. L’exploration ne se limite heureusement pas à une succession de repas. Au fil de l’aventure, on rencontre également des personnages légendaires proposant différentes quêtes, des marchands avec lesquels commercer et des familiers à apprivoiser. Tout ceci permet de faciliter la progression pour aller toujours plus loin.
La campagne permet de conserver entre les tentatives les recettes, les potions et les assaisonnements débloqués. Hungry Horros propose deux difficultés, Vanilla et Spicy, pour adapter la campagne à notre niveau de maîtrise. Si vous souhaitez une expérience plus difficile et condensée, il existe le mode Banquet qui dispose de ses propres niveaux de difficulté. Que vous soyez novice ou expert en deckbuilding, vous trouverez le défi qui vous convient. L’originalité de cet univers drôle et intriguant nous insuffle en permanence l’envie d’avancer. Chaque nouvelle créature est l’occasion de découvrir une légende parfois méconnue que le jeu décrit en détail, comme pour les différents plats traditionnels que nous sommes amenés à préparés. Hungry Horrors sait se montrer généreux et malin, que ça soit au niveau de son gameplay ou de l’écriture de ses dialogues. L’ambiance sonore accompagne bien l’expérience, avec des musiques tantôt légères et enjouées, tantôt pesantes et sinistres lorsqu’on fait face à un boss. Pour moins de 15 euros, c’est une belle découverte, à la fois accessible et subtile, qui saura vous charmer avec ses personnages attachants et drôles.
Hungry Horrors s’appuie sur un pixel art inspiré qui et illustre bien cet univers oscillant entre humour et horreur. Chaque biome possède sa propre ambiance et ses monstres mettant en avant le folklore britannique et irlandais. Une très bonne ambiance soutenue par des animations soignées.
Nourrir les monstres plutôt que les combattre est une excellente idée, d’autant que la gameplay parvient a allier accessibilité et subtilité. Les cinq saveurs, les préférences des Horreurs, les chaînes d’envie, les assaisonnements, les ustensiles et les artefacts donnent une vraie profondeur stratégique au titre.
La bande-son accompagne efficacement cette drôle d’expédition culinaire à travers les légendes britanniques et irlandaises. L’ambiance sonore remplit bien son rôle en nus immergeant dans une ambiance joyeuse et dynamique, qui sait se faire plus grave et inquiétante quand la menace plane sur nous.
Avec huit biomes, 34 Horreurs, 62 plats, 13 personnages légendaires à rencontrer, Hungry Horros ne manque pas de contenu pour nous divertir. Sa campagne et son mode Banquet disposent aussi de suffisamment de niveaux de difficulté pour convenir aux débutants comme aux spécialistes du genre. La durée de vie dépend toutefois énormément de votre attirance pour les roguelikes et votre envie d’expérimenter différentes approches.
Hungry Horrors parvient à se démarquer dans la grande famille des deckbuilders roguelikes grâce à une idée originale et pleine de surprises. Le principe de vaincre des monstres en remplissant leur estomac selon leurs préférences s’avère aussi amusant qu’intelligent. Grâce au système de chaine d’envie et au principe des cinq saveurs, couplés aux différentes améliorations, le gameplay se révèle suffisamment stratégique pour nous tenir en haleine. L’adorable rendu pixel art du titre et son exploitation particulièrement habile des légendes britanniques et irlandaises lui donnent également une forte personnalité. Les divers modes de jeu épicent le tout pour convenir à tous les goûts. Une recette originale, généreuse et suffisamment relevée pour donner envie de se resservir.
+ Un gameplay original
+ L’ambiance folklorique
+ Un pixel art charmant
+ Une progression généreuse
+ Une difficulté bien dosée