Avec The Royal Writ, le studio hongrois Save Sloth Studios nous propose un mélange original de construction de deck et de stratégie, où vous devez envoyer votre armée sur différents champs de bataille. Sous ses airs de livre illustré pour enfants se cache un jeu impitoyable, dans lequel chaque carte représente un soldat dont la survie dépend de vos décisions.
Le jeu nous fait incarner Mikolt II, souverain autoproclamé juste et bienveillant du royaume d’Aranfold. Son autorité étant contestée par une rébellion grandissante, le monarque décide d’adresser des sommations royales aux responsables. Dans les faits, ces missives sont surtout délivrées par une armée d’animaux anthropomorphes chargée de réduire les opposants au silence. L’histoire repose ainsi sur une satire de l’autoritarisme, racontée à travers un humour absurde et un roi narcissique persuadé d’agir pour le bien de ses sujets. La première campagne nous demande de réprimer la rébellion et de préserver le règne prétendument exemplaire de Mikolt II. Derrière les explications de ses conseillers et les ennemis désignés par le pouvoir, le roi commence néanmoins à se demander si les troubles qui secouent son royaume ne cachent pas une réalité plus complexe. La seconde campagne introduit une nouvelle menace avec l’arrivée de la poudre à canon, nous obligeant à repenser entièrement notre manière de combattre. Notez bien que ces deux aventures disposent de cartes, de boss et de défis spécifiques.
The Royal Writ profite d’une direction artistique charmante. Le jeu ressemble à un livre de contes médiéval dont les pages auraient été envahies par des animaux anthropomorphes. Les illustrations volontairement naïves, les animations soignées et les couleurs chaleureuses apportent beaucoup de vie à l’ensemble. Cette apparence très mignonne contraste fortement avec la brutalité des affrontements et le sort réservé aux pauvres soldats envoyés vers une mort presque certaine. En effet, le gameplay nous encourage à faire des sacrifices pour obtenir des améliorations et renforcer le reste de notre armée. Chaque soldat est à la fois une force capable de faire pencher la balance et une ressource à exploiter. L’objectif des affrontements est très simple, puisqu’il suffit d’atteindre le score indiqué pour « convaincre » votre opposant qu’il fait fausse route. Pour cela vous devrez jongler entre deux types de soldats : ceux qui ont une valeur de puissance et ceux qui servent de multiplicateur. Les combats se déroulent sur une grille divisée en une, deux ou trois lignes. Vous ne pouvez poser vos soldats que sur les cases tout à gauche.
Un conte médiéval aussi charmant que cruel
Ils avanceront automatiquement d’une case à la fin de chaque tour en direction du bastion adverse, ce qui laissera de la place pour jouer de nouveaux soldats. Plus il se rapprochent du camp ennemi, plus ils gagnent en puissance. Mais une fois parvenus au pied des murailles adverses, ils ne peuvent plus avancer et s’écrasent sur les défenses. Ce qui entraine leur mort pure et simple. Cette avancée permanente transforme chaque affrontement en un problème de placement et d’anticipation. Il faut déterminer à quel moment déployer une unité, sur quelle ligne la placer et combien de temps elle pourra rester utile avant d’atteindre les défenses ennemies. Il faut aussi choisir quelles pertes sont acceptables, voir profitables. Par exemple, en mourant certains soldats renforcent les caractéristiques de leurs alliés, ou vous rapportent de l’or. À l’inverse, d’autres profitent du trépas de leurs collègues pour gagner en puissance, souvent sous certaines conditions, comme être placé sur la même ligne que le défunt. On regrette cependant qu’aucune animation ne viennent mettre en scène la perte d’un soldat.
Les champs de bataille sont parsemés de fosses, de marais empoisonnés, de ponts et d’autres cases susceptibles d’affaiblir, de bloquer ou d’éliminer les soldats. Une unité immobilisée peut même être piétinée par celles qui avancent derrière elle. Si les bases du gameplay sont faciles à comprendre, le titre regorge de subtilités qu’il faut apprendre à la dure. Certaines mécaniques s’avèrent obscures et c’est en jouant que l’on comprend petit à petit leur fonctionnement. Le jeu bénéficie d’une localisation française, ce qui est très appréciable, mais certaines traductions manquent de clarté. La seconde campagne apporte ses propres mécaniques et une difficulté très relevée. Le jeu demande donc pas mal de patience pour être dompté. Heureusement, les runs sont plutôt courtes, ce qui donne envie de relancer une partie. L’armée royale est composée de personnages aussi improbables qu’attachants. Vous pourrez notamment recruter un archer poulet souffrant de myopie, un lézard capable d’échapper à la mort en abandonnant sa queue, ou un hérisson en armure. La grande variété des cartes donne envie d’expérimenter différentes combinaisons, et d’associer divers équipements, tandis que les boss imposent leurs propres contraintes. Les modificateurs de parties apportent aussi de la variété aux combats pour consolider la durée de vie.
The Royal Writ séduit immédiatement avec son rendu de livre de contes médiéval coloré. Le jeu est truffé de petites animations qui dynamisent bien l’ensemble. Les champs de bataille peuvent cependant devenir difficiles à lire lorsque les unités, les obstacles et les effets se multiplient.
Le gameplay proposé par The Royal Writ est à la fois simple et rempli de subtilités. Il faut penser chaque placement et les sacrifices que l’on est prêt à faire pour obtenir la victoire. Le jeu devient vite prenant, mais mériterait davantage de clarté et un meilleur équilibrage.
Save Sloth Studios nous sert une bande-son aux petits oignons, à la fois légère et baroque. L’ambiance sonore colle efficacement à cette ambiance loufoque et apporte une belle fougue à l’expérience.
The Royal Writ offre une durée de vie très solide grâce à ses deux campagnes proposant des cartes, des environnements, des boss et des contraintes spécifiques. La progression roguelike, avec ses nombreuses cartes et reliques à débloquer, ainsi que les modificateurs de difficulté apportent une excellente rejouabilité.
The Royal Writ nous plonge au cœur d’un concept original et parvient à tirer son épingle du jeu dans le genre très encombré du deckbuilder roguelike. Le titre s’appuie sur un gameplay à priori simple, mais bourré de subtilités grâce aux nombreuses compétences, reliques, équipements, missives royales et effets de terrain. Tout ceci permet de construire des stratégies variées, dans une ambiance légère et colorée, qui manie pourtant habilement l’humour noir. Ce contraste fonctionne à merveille grâce à une direction artistique et une bande-son immédiatement attachantes. Toutefois, le fait de devoir apprendre par l’expérimentation et la difficulté parfois très punitive peuvent décourager les joueurs les moins patients. Dans l’ensemble, The Royal Writ propose une aventure suffisamment originale, amusante et profonde pour donner envie d’enchaîner les parties.
+ Une direction artistique pleine de charme
+ Un système de déplacement original et très tactique
+ La mécanique de sacrifice des cartes
+ De nombreuses unités aux capacités variées
+ Deux campagnes proposant des contraintes différentes
+ Un humour noir parfaitement maîtrisé