Développé par le studio indépendant Crux Games, Combolands: Roguelike Citybuilder propose de développer sa ville sur une petite île générée procéduralement. L’idée est de s’appuyer sur divers bâtiments pour créer de gros combos afin de générer suffisamment de points pour atteindre le quota demandé à chaque étape. Un concept bourré de subtilités et rapidement addictif.
Ici, pas question de gérer les impôts, la circulation ou le mécontentement des habitants. Dans Combolands chaque partie consiste à transformer un petit hameau en métropole pour en faire une véritable machine à produire des ressources et à déclencher divers combos. L’idée n’est pas de remplir la carte de bâtiments, mais plutôt de construire intelligemment pour profiter au maximum de l’espace disponible. Le titre de Crux Games reprend sensiblement la même structure que le jeu ISLANDERS sorti en 2019, ou sa suite ISLANDERS: New Shores sortie en 2025. Mais au lieu d’un rendu en 3D Combolands propose une vue du dessus en 2D. Autre différence notable, il n’y a pas de traduction française ici, ce qui est bien regrettable au vu des nombreuses subtilités du gameplay. Chaque partie commence sur une nouvelle île presque entièrement vide, avec le choix de deux guildes qui définissent les bâtiments disponibles. Le jeu propose sept guildes au total, chacune ayant une approche spécifique : agriculture, exploration, militaire, ingénierie, civique, maritime et commerce. En plus des deux guildes choisies vous aurez systématiquement accès aux infrastructures de base, pour un pool de 3 types de constructions pour chaque run. Le titre s’appuie sur les différentes synergies entre les guildes pour maximiser les combos en plaçant judicieusement les différents bâtiments.
Chaque construction occupe physiquement une case et influence durablement l’organisation de la ville. L’espace devient rapidement la ressource la plus précieuse. Placer un bâtiment trop tôt au centre de l’île peut bloquer une combinaison beaucoup plus rentable quelques tours plus tard. À l’inverse, conserver trop longtemps certaines cases libres ralentit le développement et empêche d’atteindre les objectifs nécessaires à la poursuite de la partie. Cette tension constante entre les bénéfices immédiats et potentiels se trouve au cœur de l’expérience. Combolands joue aussi avec trois ressources bonus qui peuvent être difficiles à générer en fonction des guildes choisies, mais tiennent une grande importance. Le Dé permet de relancer les bâtiments proposés pour le tour. Le Bannissement vous donne l’occasion de choisir un type de bâtiment pour l’exclure définitivement de la partie. Le marteau quant à lui est utilisé pour retirer n’importe quel élément sur la carte. Certaines guildes s’intègrent facilement et permettent de mettre rapidement en place une routine efficace pour générer des points. D’autres demandent davantage d’anticipation ou reposent sur des conditions plus contraignantes. Tout l’intérêt consiste à comprendre comment les systèmes des deux factions se complètent. Le principe de base reste simple à comprendre. À chaque tour, le joueur choisit une construction parmi trois propositions, puis décide où la placer sur la carte.
Chaque bâtiment possède ses propres effets, conditions et interactions. La plupart d’entre eux sont aussi limités dans leur placement et ne peuvent pas être construits trop près d’un autre bâtiment du même type. Certains produisent directement des ressources, d’autres améliorent les cases voisines ou profitent de la présence d’un type précis de structure. Le but est d’atteindre le score fixé à chaque étape dans le temps imparti afin de faire évoluer sa ville. En fonction du mode de difficulté choisi vous aurez quelques tours supplémentaires pour réussir l’objectif si vous êtes trop juste. Il y a 9 étapes à franchir pour partir d’un hameau et atteindre la métropole, pour des parties durant une petite heure. Les premières sessions de jeu s’avèrent plutôt déroutantes, même si les règles sont introduites progressivement. Combolands n’explique pas suffisamment les subtilités de ses mécaniques et l’absence de traduction française peut représenter un véritable obstacle pour les personnes peu à l’aise avec la langue de Shakespeare. L’interface n’est pas non plus exemplaire, malgré ses efforts. Le jeu a la bonne idée de vous aider quand vous voulez placer un bâtiment en mettant en surbrillance les éléments qui réagissent avec ce dernier. Hélas, il ne vous signale pas les combos que vous risquez de briser et il n’y a aucun bouton pour revenir en arrière.
En quête du combo parfait
Combolands propose bien plusieurs filtres pour mettre en évidence des éléments spécifiques présents sur l’île, mais ils sont trop peu nombreux au vu de la richesse du gameplay. La présence d’un compendium, ajouté après la sortie officielle, facilite heureusement l’accès aux différentes informations. La quantité d’interactions à mémoriser devient rapidement considérable et nous espérons que le jeu continuera ses efforts pour se rendre plus accessibles. L’interface souffre également de soucis typographiques rendant certains textes plus difficiles à lire. Nous aurions aussi aimé pouvoir zoomer sur la carte, ce qui aurait pu faciliter la lisibilité. Esthétiquement parlant, Combolands s’avère plutôt joli sans être impressionnant. Le titre privilégie la clarté à l’exubérance visuelle. En revanche, les effets déclenchés par les combos fonctionnent très bien pour nous donner ce petit frisson de réussite. Ce qui fait vraiment la force du jeu se sont ses couches de gameplay interconnectées. En plus de celles évoquées plus tôt, Combolands propose un système de conseillers qui vous donneront régulièrement des objectifs à atteindre. Chacun d’eux représente une des sept guildes et réussir les objectifs les fait monter en puissance pour obtenir divers bonus. Vous trouverez aussi des héritages, qui fonctionnent comme les artefacts dans un roguelike. Ils confèrent des avantages passifs, comme la capacité de construire directement sur les rochers, ou de supprimer pour quelques tours les restrictions de placement des bâtiments.
Pour compléter le tableau, les développeurs de chez Crux Games ont ajouté des objets pour améliorer les structures (améliorations de la portée, réduction du cooldown, génération d’un Dé lors de l’activation, etc.) et des potions, qui servent un peu de joker pour débloquer certaines situations ou tenter d’obtenir de puissants avantages. Vous pourrez acheter ces éléments à la boutique qui apparait entre deux étapes. Il faut donc aussi tenir compte de l’argent que vous généré si vous comptez en profiter. Le jeu propose plus de 120 bâtiments, plus de 100 héritages et 13 conseillers, avec 10 rangs de difficulté pour ajuster les défis. La difficulté manque toutefois de mordant sur la durée. Une fois les synergies les plus efficaces identifiées, certaines configurations deviennent suffisamment puissantes pour rouler sur le jeu. Les possibilités sont nombreuses, mais cette variété tombe parfois à plat. On rencontre souvent les mêmes configurations de ressources d’une île à l’autre et il est donc tentant de répéter les formules que l’on maîtrise déjà, plutôt que de se compliquer la vie à explorer des associations inédites et potentiellement moins efficaces. Certaines structures apparaissent aussi trop rarement pour pouvoir réellement établir une stratégie autour d’elles. D’autres nous ont semblé trop contraignantes, comme les murs qui apportent un multiplicateur de points si vous parvenez à entourer complétement des bâtiments. Au vu de la topographie accidentée des îles et leur espace restreint, réussir à entourer complétement une structure réclame beaucoup de préparation et d’investissement.
Le pixel art minimaliste donne aux îles l’apparence de petites maquettes agréables à observer, sans être un feu d’artifice visuel. La direction artistique reste assez sobre, ce sont surtout les effets liés au déclenchement des combos qui flattent la rétine. Le titre gagnerait à améliorer sa lisibilité.
Le mélange entre les différentes couches de gameplay fonctionne remarquablement bien. Le placement des divers bâtiments, avec leurs contraintes et leurs synergies, apporte une profondeur considérable. À cela s’ajoute les guildes, les héritages, les conseillers et les modificateurs pour multiplier les stratégies possibles. Le titre souffre cependant d’un léger manque d’équilibrage et quelques mécaniques restent insuffisamment expliquées.
L’ambiance sonore accompagne agréablement l’évolution de nos villes et renforce le caractère paisible de l’expérience. Les effets associés aux placements des bâtiments et à l’activation des combos sont parfaitement choisis pour nous faire vibrer.
Avec sept guildes, 21 associations possibles, plus de 120 bâtiments, plus de 100 héritages passifs, de nombreux conseillers et dix rangs de difficulté, le titre possède une excellente rejouabilité. Chaque partie dure une petite heure, ce qui encourage à relancer régulièrement une run. La variété des situations finit malgré tout par s’essouffler plus vite que les éléments débloqués pour chaque guilde, ce qui entraine une certaine répétitivité sur le long terme.
Combolands: Roguelike Citybuilder réussit brillamment à condenser le plaisir de la construction urbaine dans des sessions assez courtes et très gratifiantes. Le titre abandonne volontairement la simulation économique traditionnelle pour se concentrer sur le placement, les synergies et la multiplication des ressources. Chaque ville devient ainsi une gigantesque machine à combos que le joueur cherche patiemment à assembler. Le résultat est profond mais demande un certain temps d’adaptation, surtout pour un public exclusivement francophone. Quelques minutes suffisent pour comprendre comment poser les premiers bâtiments et leurs interactions, mais plusieurs heures sont nécessaires pour maîtriser les synergies les plus poussées, ainsi que le système d’héritages et de conseillers. Combolands gagnerait à améliorer son accessibilité, à l’image du récent ajout du compendium, et à ajuster sa difficulté. Le défi mériterait d’être augmenté pour les derniers niveaux, car une fois les meilleures synergies identifiées il devient trop facile de rouler sur le jeu. Combolands: Roguelike Citybuilder n’en reste pas moins une excellente surprise. Compact, intelligent et particulièrement addictif, il offre un formidable terrain d’expérimentation pour tous les amateurs de stratégie.
+ Un gameplay malin et addictif
+ Des parties bien rythmées
+ Une bonne méta-progression
+ Sept guildes
+ Plus de 120 bâtiments
+ 100 héritages passifs
+ Des combos extrêmement satisfaisants
+ Très bonne rejouabilité