Plongez avec Prime Monster dans une satire politique aussi mordante qu’absurde. Le jeu de Cavalier Game Studios est un deckbuilder roguelike qui vous propulse au cœur d’un parlement peuplé de monstres bien réels. Vampires, zombies, orcs et autres créatures s’y disputent le pouvoir à coups de magouilles, de chantages et de lois plus délirantes les unes que les autres. Serez-vous à la hauteur pour survivre dans la jungle politique du Royaume-Désuni et conserver coûte que coûte le poste suprême de Premier Sinistre ?
Prime Monster joue à fond la carte de l’absurde, avec une ambiance loufoque et grotesque à souhait ! Dans cet univers grinçant, les politiciens ne sont pas des monstres au sens figuré, mais bel et bien des créatures qui rendent la vie de la nation impossible : le parti des momies veut interdire l’archéologie, les zombies rêvent d’instaurer des limitations de vitesse pour la marche à pied, les vampires souhaitent réguler la cryptomonnaie, etc. Le jeu est bourré d’humour ! le ton est immédiatement donné, avec une satire mordante débordant de jeux de mots. C’est dans ce décor de dystopie démocratique que vous arrivez pour faire bouger les choses, c’est-à-dire faire souffrir le pays d’une manière innovante et plein de panache. Vous démarrez votre carrière politique dans l’opposition, votre but étant de vous faire élire Premier Sinistre, puis de rester à votre poste durant plusieurs mandats, pour finalement prendre votre retraite la tête haute. Pour y parvenir vous devrez gagner vos débats politiques et gérer habilement plusieurs ressources. Votre jauge d’Autorité représente la confiance des membres de votre parti (les Députrides) envers vous. Si elle est trop basse vous serez renvoyé, mais à l’inverse si elle est suffisamment élevée vous commencerez avec plusieurs soutiens lors des débats. La Popularité reflète l’opinion publique, indispensable pour rester à votre place à la fin d’un mandat. Vous devrez aussi gérer votre Trésorerie et votre Capital Politique, qui sert aussi bien durant les débats que lorsque vous êtes à votre cabinet.
Pour la partie dédiée à la gestion des dossiers, qui se déroule justement quand vous êtes à votre cabinet, vous devrez trancher et faire un choix parmi plusieurs propositions aléatoires. C’est ici qu’on arrive au premier souci de Prime Monster, les choix proposés semblent déséquilibrés. Apparemment prendre un gros avantage entraînera des répercussions négatives sur le long terme pour compenser, mais difficile à dire tant le jeu reste obscur sur certains points. Globalement, Prime Monster mériterait d’avoir des infobulles plus nombreuses et détaillées. Cette partie de gestion de dossiers vous fera surtout jongler entre vos valeurs de Popularité, d’Autorité, de Capital Politique et votre Trésorerie. Allez-vous étouffer un scandale en dépensant de l’argent et gagner au passage de l’Autorité ? Dépenser du Capital Politique pour augmenter votre popularité ? Ou alors accepter un pot-de-vin pour faire grimper vos fonds, quitte à perdre en Autorité ? Une fois que vous avez résolu les différents dossiers, et éventuellement fait un tour à la boutique pour acheter des objets ou recruter des membres pour votre partie, vous pouvez passer au débat. Le principe est simple, pour gagner un débat vous devez finir avec davantage de votes que votre adversaire. En fonction de votre niveau d’Autorité plus ou moins de Députrides de votre camp démarreront le débat en votant en votre faveur. Pour gagner des partisans à votre cause vous devez augmenter votre jauge d’unité. Inversement, vous pouvez attaquer l’unité de votre adversaire pour lui faire perdre des voix.
Monstres de politique !
Pour parvenir à vos fins vous aurez de multiples outils à votre disposition, que ce soit pour attaquer ou pour vous défendre. Vous disposez de cartes d’Actions Politiques, qui constituent votre deck, et de Stratégies Politiques, qui coûte du Capital Politique. Vous pouvez choisir d’utiliser une carte d’Action Politique pour résoudre son effet, par exemple gagner 6 points d’unité, ou alors la convertir en Capital Politique, pour jouer vos Stratégies Politiques. Vous conservez votre Capital Politique d’un tour sur l’autre et convertir vos cartes d’Actions Politiques reste le moyen le plus fiable d’en obtenir. Quant aux Stratégies Politiques, elles sont variées et comprennent aussi bien des capacités actives que passives. Vous trouverez par exemple des Stratégies Politiques qui génèrent des dégâts en échange de Capital Politique, ou qui peuvent augmenter votre unité. D’autres peuvent alimenter votre jauge de Pouvoir sous certaines conditions. Car vous incarnez un des trois candidats disponibles, chacun ayant un Pouvoir spécifique, ainsi que des cartes et des stratégies uniques. Vous trouverez tout d’abord Chopper Badstone, la brute de chez Orcs-4-U, le personnage le plus puissant et simple d’accès. Il a de bonnes capacités d’attaque et de défense et sait faire grimper sa jauge d’unité comme personne. Son Pouvoir est dévastateur puisqu’il double votre gain d’unité sur votre prochaine action et en fait perdre autant à votre adversaire. En prime, sa jauge se remplit très vite, ce qui en fait l’arme ultime pour rouler sur l’opposition.
Vous accéderez ensuite au Vicomte de Sucksworth du parti Vampiric Victory, un vampire résolument tourné vers l’attaque. Vous aurez plus de chance de convaincre les Députrides adverses de voter pour vous en cassant leur unité que de rallier les vôtres. Le gameplay du Vicomte permet d’augmenter drastiquement les dégâts et de passer outre la défense de l’adversaire. Son Pouvoir a l’avantage d’être polyvalent, même s’il est moins efficace que celui de Chopper. Il vous propose deux options parmi les quatre suivantes : Lancer un dé pour essayer de convaincre un Députride de voter en votre faveur, occasionner 9 dégâts direct, gagner 4 points de Capital Politique et augmenter votre unité de 7 points. Vous devrez trancher entre les deux options proposées pour faire votre choix. Enfin, vous débloquerez Rotilda De Cay du Mouvement du Peuple Zombifié, qui a un style de jeu très particulier. Ses Députrides étant de zombies, ils ont tendance à fréquemment décéder. Vous devrez donc les ranimer avec des cartes dédiées, en faisant au passage grandir leur rang. Vous pourrez les convaincre de voter en votre faveur sans passer par le système d’unité, mais en utilisant directement vos Stratégies Politiques. Rotilda demande une bonne maîtrise du tempo du jeu pour maximiser les synergies. Un personnage difficile à prendre ne main mais très gratifiant. Vous aurez souvent l’occasion d’utiliser des coups-bas pour faire pencher la balance. Ces coup-bas sont très puissants, mais aussi très risqués.
Car dans chaque débat le Cri Strident veille au respect des règles. À chaque fois qu’un coup bas est utilisé un dé est lancé. S’il fait 1, le Cri Strident repère le fauteur de troubles et renvoie immédiatement un de ces Députrides. S’il fait 5 par exemple, tout va bien, le coup-bas passe sans punition. Mais le 5 devient alors comme le 1, un chiffre piégé sur lequel il ne faut pas tomber. Plus on utilise de coups-bas plus le risque devient élevé ce qui nous pousse à bien réfléchir avant de s’en servir. Une mécanique bien trouvée qui pimente ingénieusement les débats. Face à vous, 30 représentants répartis dans 15 partis politiques sont prêts à en découdre pour vous évincer. Vous découvrirez différents styles d’opposition. Certains vous assailliront avec des dossiers compromettants, d’autres vous infligeront des malus ou trafiqueront les résultats des votes. Devant tant de possibilités on regrette que le jeu ne propose que 3 personnages jouables. Il y a également des soucis d’équilibrage au niveau des candidats que nous incarnons et dans d’autres parties du gameplay. D’autres éléments nous ont frustrés, comme le faible nombre d’emplacements de Stratégies Politiques, ce qui limite les synergies. Un certain manque de contrôle aussi dans le développement de notre candidat. On aurait aimé avoir des moyens pour augmenter certaines capacités, ou retirer des cartes de notre deck. Le souci vient surtout du fait qu’en cas de défaite lors d’un débat on peut tomber dans une spirale d’échecs. Le jeu se rattrape avec son excellente localisation en français et son humour décapant.
La direction artistique caricaturale, façon cartoon, colle parfaitement au propos satirique. Les portraits des monstres-politiciens sont bien expressifs. On reste toutefois sur une production indépendante qui n’a pas un énorme budget. Les environnements manquent de diversité et les animations s’avèrent plutôt basiques
Le gameplay de Prime Monster est très malin. La nécessité de jongler entre quatre ressources centrales offre une vraie tension durant chaque run. Le système de cartes à double usage (utiliser l’effet ou convertir en Capital Politique), couplé aux Stratégies Politiques apporte une bonne dose de réflexion dans les débats. Mais il est frustrant d’avoir si peu d’emplacements pour ces dernières. Les objets et les membres de parti à acheter complètent bien le tableau. Dommage que l’expérience soit déséquilibrée et s’essouffle vite.
La bande-son accompagne efficacement l’ambiance grinçante et absurde du titre, avec des bruitages qui renforcent le côté caricatural. Les musiques sont entrainantes et participent bien à l’immersion.
Grâce à sa structure roguelike, ses trois personnages jouables aux tactiques distinctes et ses 30 opposants issus de 15 partis, Prime Monster offre une rejouabilité solide. Mais les parties finissent assez vite par toutes se ressembler, la faute à un panel d’événements aléatoires plutôt restreint et un gameplay qui peine à se renouveler.
Prime Monster est une satire politique réjouissante qui ne recule devant aucune bassesse pour nous faire sourire grâce un humour noir parfaitement maîtrisé. Son système de cartes à double usage et sa gestion tendue de quatre ressources antagonistes offrent un gameplay malin. Mais le titre est aussi brillant qu’il peut se montrer frustrant. On regrette une difficulté parfois rude et un équilibrage bancal où le hasard peut gâcher une run. Prime Monster manque d’une mécanique de « come back » pour tempérer ces soucis. On enchaîne volontiers les parties pour tester de nouvelles stratégies, mais la répétition des situations finit par se sentir. D’autant plus que le jeu ne propose que 3 personnages jouables et peu d’éléments vraiment intéressants à débloquer. Prime Monster est donc un titre plein de bonnes idées, qui s’essoufflent hélas un peu trop vite, mais qui avec un peu plus de soin et d’équilibrage pourrait devenir une vraie petite pépite.