Worming from Home est le fruit d’un jeune studio indépendant qui nous propose ici un simulateur de travail aussi absurde que réjouissant. Loin de se prendre au sérieux, le jeu nous met dans la peau d’un ver de terre travaillant comme analyste financier et bien décidé à obtenir une promotion. Cette quête carriériste est un bon prétexte pour nous plonger dans un humour potache détournant habilement le quotidien d’entreprise.
Le postulat de départ de Worming from Home est aussi simple qu’absurde. Vous incarnez un lombric travaillant de chez lui comme analyste financier. Votre quotidien consiste à remplir des tableurs Excel et répondre à vos courriels, jusqu’au jour où une opportunité de promotion se présente. Gonflé à bloc, vous décidez de mettre les bouchées doubles pour gravir les échelons de l’entreprise. Vos seuls outils sont un clavier, une souris et un corps totalement dénué de squelette. Pas de mains, pas de jambes, vous devez vous débrouiller pour rebondir et vous écraser sur les différents éléments interactifs. Le gameplay est simple à prendre en main : un bouton pour sauter, un autre pour saisir un objet, comme la souris, et un dernier pour projeter votre corps, afin de taper au clavier. Le cœur du gameplay repose sur la physique ragdoll de notre ver. Chaque tâche, aussi triviale soit-elle dans la vraie vie, devient ici un vrai défi. Grimper sur le clavier pour taper une lettre à la fois, pousser la souris avec son corps mou avant de se jeter dessus pour cliquer, ou encore attraper un stylo pour griffonner une signature illisible, tout est pensé pour transformer les actions quotidiennes en obstacle physique à surmonter.
Pour la prise en main, notre petit héro a tendance à rebondir fortement, ce qui nécessite un certain temps d’adaptation. Cela met aussi en valeur les améliorations que l’on peut débloquer et qui nous facilitent bien la vie. Vous pourrez par exemple obtenir des claviers plus fins permettant de taper plus aisément. Les journées s’enchaînent avec des heures de travail et du temps libre. Principalement, il faut remplir des tableurs pour gagner de l’argent : mettre des éléments en gras, additionner, soustraire, ou multiplier des cellules, et faire des copier-coller. Des activités annexes apparaitront au fil du temps, comme éplucher votre boite mails pour discuter avec vos collègues et décrocher le téléphone pour obtenir diverses informations. L’autre grosse partie concerne la spéculation boursière qui vous permet d’investir dans trois compagnies et suivre leurs résultats en bourse. Vous devrez rester attentif aux annonces du marché pour savoir quand vendre et quand acheter vos actions. L’argent gagné permet d’investir dans du meilleur équipement, des accessoires et deux aménagements permettant d’améliorer ses talents. Vous débloquerez un coin lecture pour renforcer vos capacités financières et un coin de musculation pour améliorer vos capacités physiques.
Rampez jusqu’au sommet !
Pour vous améliorer vous devrez réussir le mini-jeu associé à l’entrainement : un clone de Snake pour la lecture et un casse-briques pour la musculation. Vous débloquerez ainsi des perks pour progresser plus vite vers la fameuse promotion. L’espace de jeu se limite volontairement à un bureau, mais celui-ci regorge de recoins à explorer une fois la routine professionnelle terminée. Pot de fleur pour dormir, gadgets à débloquer, imprimante, chapeaux cosmétiques à acheter… Worming from Home offre un rythme très prenant et un vrai sens de la progression malgré l’échelle très réduite du décor. Le jeu ne rate jamais une occasion de tourner en dérision la vacuité du monde du travail, notamment lors des conversations avec notre assistant numérique. Ce dernier nous rappelle par exemple avec enthousiasme qu’une vraie promotion reste hors de portée du commun des mortels, à moins d’être l’enfant du PDG. Ce ton satirique, mêlé à un univers coloré et extravagant, donne à l’ensemble une identité immédiatement attachante. Pour les complétionnistes, un mode Trou de ver optionnel propose un défi nous imposant de sauter de plateforme en plateforme jusqu’à atteindre la fin du niveau. Il existe même une option Tourment, encore plus impitoyable, pour les plus téméraires.
Cette diversité d’activités est une vraie réussite et évite que la boucle principale ne s’essouffle trop vite, même si l’essentiel des tâches quotidiennes reste assez répétitif sur la durée. Nous aurions aimé davantage de variété dans le remplissage des tableaux Excel. Mais surtout, certains aspects sont hélas trop sous exploités. Les interactions avec les collègues et le téléphone sont très limitées et trop anecdotiques. Idem pour les accessoires débloqués en fin de jeu, à savoir la caméra et le synthétiseur vocal, qui ne servent qu’une seule fois. Dommage que le studio n’ait pas creusé en profondeur ces aspects. Mais difficile de lui en vouloir, tant le jeu sait aussi se montrer généreux. Vous pourrez par exemple engager des vers de terre stagiaires, boire du café ou encore régler la radio sur votre station préférée. Le jeu est assez court, comptez entre quatre et cinq heures pour en voir le bout, et encore quelques heures pour obtenir le 100%. Vous pourrez aussi refaire une partie en mode Difficile pour prolonger l’expérience. Même si nous aurions adoré en avoir plus, Worming from Home nous a séduit par son ambiance et son rythme, avec en prime une traduction française qui aide à s’immerger. Pour moins de dix euros, le titre vaut le détour si vous cherchez un simulateur de travail pas comme les autres.
L’univers coloré et attachant du jeu fonctionne très bien. L’échelle de l’aire de jeu est certes réduite mais fourmille de détails et d’activités. Nous aurions quand même apprécié que Worming from Home nous offre des extensions pour l’agrandir durant notre progression.
Le gameplay ragdoll nous place efficacement dans la peau d’un ver de terre. Chaque interaction devient un mini-défi de motricité. La prise en main volontairement maladroite demande de la patience et met en valeur les différentes améliorations obtenues au fil du jeu. Dommage que certains aspects du gameplay soit sous-exploités.
L’aspect sonore est aussi une réussite, avec une ambiance chaleureuse et dynamique. On peut regretter que la radio ne diffuse que peu de stations, mais elles sont bien choisies. Les bruitages ne sont pas en reste et participent également à l’immersion.
L’aventure principale se boucle en moins de cinq heures. Un format assez court qui convient bien à ce type de jeu satirique. Le contenu optionnel, à savoir le défi Trou de ver, le mode difficile et l’obtention des succès, ajoute un peu de durée de vie et de piment pour les joueurs les plus motivés. Dans l’ensemble l’expérience reste assez courte, mais nous avons surtout regretté que le titre n’exploite pas à fond toutes ses idées.
Worming from Home est une pépite d’humour offrant une satire mordante du monde du travail. Une aventure drôle et pleine de défis, grâce à un concept grotesque à souhait et un gameplay bien pensé. L’ensemble fonctionne à merveille grâce à une écriture mordante, un rythme bien ajusté et une boucle de jeu riche en activités. La durée de vie s’avère assez courte, ce qui n’est pas forcément un mal, car le jeu a parfois tendance à s’essouffler. Il est regrettable que certains aspects soient si sous-exploités. Pour moins de dix euros, difficile de faire la fine bouche tant l’expérience sait se montrer immersive et surprenante.
+ Un concept absurde et drôle
+ Un gameplay ragdoll bien maîtrisé
+ Une satire mordante du monde du travail
+ De nombreuses activités annexes
+ Un petit prix