Le studio indépendant brésilien Soneka Games s’associe à l’éditeur Vsoo Games pour nous proposer Dreamcards, un deckbuilder roguelike dessiné à la main, entièrement construit autour du rêve et de l’inconscient. Chaque nuit notre protagoniste doit vaincre le Monstre des cauchemars en se servant de ses souvenirs et de ses rencontres.
Le contexte de Dreamcards tranche radicalement avec les autres deckbuilders roguelike. Ici, pas d’ennemi à occire, aucune arme ou pouvoir magique. Notre personnage, représenté par une carte Ego, affronte chaque nuit le Monstre des cauchemars et doit atteindre un état de rêve lucide. Le but est de tenir sept nuits pour terminer la run. Dreamcards ne propose aucun dialogue, pas de narration, ni texte explicatif. Le titre opte pour un parti pris cryptique, avec une atmosphère surréaliste s’appuyant sur une symbolique jungienne assumée. Dreamcards embrasse pleinement son propos psychologique, le véhiculant par les cartes, l’image et les mécaniques plutôt que par de longs pavés de texte. L’esthétique psychédélique et sombre est sublimée au travers de plus de 200 illustrations dessinées à la main, inspirées de l’imagerie du tarot et du cordel, une poésie populaire brésilienne. L’ambiance est la première grande réussite du jeu pour qui aime l’ésotérisme. Le gameplay se divise en deux temps. Le jour, on s’adonne à diverses activités et on visite différentes relations pour créer son deck en piochant parmi six stratégies différentes, avec plus de 100 cartes uniques à associer librement. La nuit, on affronte le Monstre des cauchemars en essayant de provoquer un rêve lucide avant qu’il nous submerge.
La journée est découpée en plusieurs parties nous proposant à chaque fois deux activités. Il faut choisir avec qui passer son temps pour construire son deck et obtenir des archétypes, des souvenirs et des actions. Ces éléments sont répartis en six catégories représentant nos relations : Mère, Père, Meilleur(e) Ami(e), Relation amoureuse, Frère/Sœur, Grands-parents. Chaque catégorie a son avantage propre et est associée à un corps céleste. Par exemple, la Mère est associée à la lune, qui correspond à la monnaie du jeu, tandis que le Père est rattaché à saturne et sert à défausser des cartes. Chaque relation ouvre ses propres possibilités stratégiques et dévoile une part du passé du héros. Parfois vous pourrez aussi choisir d’aller en thérapie pour dupliquer une carte, ou méditer pour en retirer définitivement une de votre deck. Après plusieurs parties, vous accéderez aux améliorations de cartes et d’archétypes afin d’affiner vos stratégies. Tout ceci permet à Dreamcards de proposer un gameplay à la fois simple et rempli de subtilités. Nos choix ont un réel impact sur notre façon d’aborder le rêve. Comme pour les autres jeux du genre, la structure roguelike est impitoyable. Il faut battre le Monstre des cauchemars sept nuits d’affilée, chacune plus difficile que la précédente, le moindre échec nous obligeant à tout recommencer depuis le début.
Durant la nuit, vous devrez continuer de construire votre deck dans le but d’accumuler des points de conscience, qui vous serviront à atteindre un état de rêve lucide. Pou symboliser ceci le jeu vous donne une balance, avec un plateau dédié aux points de conscience et un autre pour les points de cauchemars utilisés par le Monstre des cauchemars. Votre objectif est d’accumuler les points de conscience pour en avoir 10 d’avance et faire pencher la balance en votre faveur. À l’inverse, si le Monstre des cauchemars accumule 10 points de plus que vous il vous submerge. Vous commencerez chaque partie avec votre archétype en jeu et devrez utiliser des points d’action, associés à votre Frère/Sœur, pour jouer vos cartes. Certaines permettent de piocher, de générer de l’argent, ou d’augmenter le nombre d’achats dans les deux boutiques. À vous de trouver la bonne stratégie pour maximiser vos capacités d’achat. Car tous les tours se terminent par l’ouverture de deux boutiques, une pour les archétypes et les souvenirs, et une autre pour l’argent et les points de conscience. Vous retrouvez alors les archétypes et les souvenirs que vous avez débloqués durant la journée. Ces derniers ne sont pas intégrés directement dans votre deck, il faut les acheter pendant le rêve.
Dans les méandres oniriques
Les archétypes sont des cartes maîtresses représentant vos relations (Relation amoureuse, Frère/Sœur, Grands-parents, etc.). L’archétype de la Mère vous permet par exemple de piocher une carte supplémentaire pour chaque carte Lune (l’argent) que vous piochez. Vous êtes limité dans le nombre d’archétypes que vous pouvez avoir en jeu. Les souvenir sont moins puissants, mais vous pouvez en avoir autant que vous voulez. Ils peuvent vous permettre de rejouer certaines cartes, de diminuer le coût de vos achats, retirer une carte de votre deck, ou encore obtenir des points d’action supplémentaires. Il est important d’en avoir car certaines cartes nécessitent que deux personas agissent, que ce soit un archétype et un souvenir, ou deux souvenirs ensembles. La seconde boutique vous permet d’acheter des cartes Lune pour générer plus d’argent et les fameux points de conscience. De son côté, le Monstre des cauchemars ajoutera un point de cauchemar à la fin de chaque tour. Mais plus le temps passe, plus il gagne en puissance et en ajoute davantage. Le temps joue contre vous et tout l’enjeu consiste à bien gérer ses ressources (Action, Pioche, Argent et Nombre d’achats) pour maximiser les phases d’achats et rapidement obtenir les 10 points d’écart.
Au fil des nuits votre ennemi onirique vous mettre des bâtons dans les roues, en mettant en jeu des mauvais souvenirs. Ils peuvent par exemple limiter le nombre de cartes piochées chaque tour, ou vous forcer à exiler des cartes de votre deck. Une bonne idée pour forcer le joueur à adapter sa stratégie. Même si le didacticiel d’introduction est clair, il faut du temps pour s’habituer au gameplay. Dreamcards s’appuie sur de nombreuses synergies qui ne sont pas évidentes de prime abord. Il faut aussi jongler avec des effets limités dans le temps et une gestion prudente des achats pour ne pas engorger sa pioche. Une fois le rythme trouvé, on prend conscience de la profondeur tactique du titre. Dreamcards ne plaira pas à tout le monde avec son parti pris original, tant au niveau de l’ambiance, que des graphismes et du gameplay. Clairement, le jeu divise, soit on adore, soit on reste de marbre. Dommage qu’aucune démo ne soit proposée pour avoir un aperçu de cette expérience très spéciale.
Les visuels sont simples mais parfaitement dans le ton. Dreamcards propose plus de 200 illustrations et animations entièrement dessinées à la main, nourries de l’imagerie du tarot et du cordel brésilien, pour un rendu sombre et surréaliste. Le titre s’appuie sur l’ensemble de cette imagerie pour véhiculer le passé du héros, dans une approche qui fait la part belle à l’interprétation.
Dreamcards développe un gameplay original, proche d’un jeu de plateau. Les choix à faire parmi les six stratégies complémentaires, avec plus de 100 cartes disponibles, couplés aux différentes améliorations offrent un formidable terrain de jeu pour tester des combos. La profondeur de gameplay est indéniable.
L’habillage sonore de Dreamcards est loin d’être extravagant, mais il nous plonge efficacement dans une ambiance onirique. L’atmosphère prend bien, même si l’ensemble s’avère assez dépouillé.
Une campagne se structure en sept jours et sept nuits, pour des runs relativement courtes. La rejouabilité est solide, grâce aux six stratégies combinables et les défis aléatoires que nous oppose le Monstre des cauchemars. Dreamcards offre de belles heures de jeu sans atteindre l’excellente durée de vie des piliers du genre.
Dreamcards réussit à transformer une expérience de deckbuilder en aventure intime. En transformant les proches, les souvenirs et les traumatismes en cartes, Soneka Games nous propose plus que des combats contre des monstres et une quête de pouvoir. Le concept prend vie grâce à une superbe direction artistique, en complet accord avec le propos jungien. Le titre n’oublie pas de s’appuyer sur un gameplay solide pour convaincre les amateurs du genre. Les premières parties s’avèrent délicates, le temps de bien saisir les mécaniques de jeu. Le titre recèle une vraie profondeur, avec une multitude de synergies à explorer. Le parti pris ne conviendra pas à tout le monde, mais si vous recherchez un deckbuilder original pour une dizaine d’euros, Dreamcards est une excellente affaire.
+ Une direction artistique superbe
+ Un thème psychologique bien mis en valeur
+ Des mécaniques de jeu originales
+ 6 stratégies avec de nombreuses synergies
+ Petit prix