Le développeur solo Nobody Crown et l’éditeur brésilien Devcats s’associent pour nous proposer un jeu d’enquête à l’ambiance feutrée et à l’humour décalé. Feline Forensics and the Meowseum Mystery nous propose d’incarner un chat détective en costume-cravate devant résoudre un cambriolage de musée qui a viré au meurtre, le tout dans une ambiance où le sérieux de l’intrigue se dissout en permanence dans un déluge de jeux de mots félins.
Le titre s’inscrit dans la lignée des jeux de déduction tel que The Case of the Golden Idol, ou The Roottrees are Dead. Mais là où ces références cultivent la noirceur, Feline Forensics assume un ton volontairement léger. On est davantage dans un pastiche de film noir que dans un thriller anxiogène. L’ambiance constitue l’un des grands points forts du jeu. Tout est dessiné à la main, avec deux styles bien différents. Les décors et les personnages qui y évoluent sont simples et mignons, avec un style très « kawaï ». Lors des phases de dialogues, le jeu présente les portraits des personnages avec un rendu plus détaillé, dans un style noir inspiré des années 1930. Le tout est porté par une bande-son jazzy absolument charmante, faite de saxophones, de trompettes et de pianos. Après une scène d’introduction servant de didacticiel, le vrai jeu commence avec l’affaire du musée. L’histoire tient sur une seule et même enquête, façon Cluedo géant. Un superbe joyau, pièce maîtresse du « Miaousée », a disparu, et le principal suspect a été retrouvé mort sur les lieux. Coup de chance, le système de sécurité s’est déclenché à temps, immobilisant sur place une douzaine de suspects au moment précis du crime.
Côté gameplay, on est face à un point & click d’enquête assez classique, très proche dans l’esprit des Duck Detective. Si le jeu se joue au clavier-souris, il a clairement été pensé pour la manette, et l’expérience y est d’une fluidité remarquable. Les commandes affichées à l’écran indiquent en permanence quelle touche utiliser pour faciliter l’accessibilité. Même si nous avons mis un peu de temps à comprendre qu’il était possible de faire pivoter la caméra. Notre travail de détective se partage entre la collecte de preuves, les interrogatoires et l’analyse des différents éléments trouvés. On dispose d’un inventaire, d’un carnet répertoriant les personnages, d’un tableau en liège où sont épinglés les points clés et d’un journal d’enquête pour garder facilement la trace de nos progrès. Il est possible de confronter un témoignage suspect aux indices recueillis. Car certains témoins mentent et cherchent à brouiller les pistes, il faut donc rester attentif. Vous devrez aussi examiner les preuves récoltées sous toutes les coutures en manipulant leurs modèles 3D. En les tournant dans tous les sens vous pourrez trouver des détails qui feront avancer l’enquête, comme un numéro gravé sur une plaque, ou un impact de balle.
Une enquête maline et décalée
La mécanique centrale du jeu repose sur six grands textes à trous à remplir pour définir la chronologie des événements de la nuit. En explorant les scènes et en épuisant les dialogues, on débloque les mots-clés à replacer. Le jeu indique la justesse de la réponse par un code couleur : vert si tout est correct, jaune pour une erreur, rouge s’il y en a davantage. On peut modifier ses choix autant qu’on le souhaite, et plusieurs options d’accessibilité (vitesse de texte, police adaptée à la dyslexie, et même une « aide à la résolution ») viennent abaisser la pression pour les joueurs qui veulent profiter de l’histoire sans buter sur la déduction. C’est d’ailleurs pour faciliter l’exercice qu’aucun personnage n’a de nom. On parle du « Détective », de « l’Étudiant », de « la Guide » ou du « Critique ». Le titre a aussi la bonne idée de classer chaque élément par catégorie : Personnages, Lieux, Objets, Actions. Tout ceci permet de fluidifier la progression et de se plonger complétement dans notre enquête. Les différents protagonistes ont tous une personnalité bien trempée. C’est un plaisir de les interroger, de découvrir leur passé et leurs zones d’ombres.
Mais effectuer ces interrogatoires et combler les phrases à trous ne sera pas facile pour tout le monde. En effet, Feline Forensics souffre d’un défaut qui ne pardonne pas pour un public exclusivement francophone : le jeu est intégralement en anglais, sans aucune localisation. Sans un bon niveau d’anglais, une large partie du sel du titre, et même la simple compréhension des textes à trous, devient difficile d’accès. L’humour repose énormément sur des jeux de mots animaliers intraduisibles, présents du début à la fin des quelque six à huit heures d’enquête. La structure des textes à trous s’avère parfois étrangement construite, peu naturelle. Quand on comprend où veut en venir le jeu ce n’est pas trop impactant, mais ça sera le coup de grâce pour les anglophobes. À cela s’ajoutent des menus parfois un peu lourds et une résolution d’énigmes globalement peu corsée, qui pourra laisser sur leur faim les amateurs les plus chevronnés du genre. On peut aussi regretter que Feline Forensics ne propose qu’une seule enquête, même si elle nous occupe plusieurs heures. Mais au vu de l’originalité et de l’ambiance très réussie du titre difficile de faire la fine bouche, surtout pour une dizaine d’euros.
Feline Forensics s’appuie sur un style dessiné à la main, avec une esthétique retro des années 1930 soignée. Les salles du musée et leurs parodies de tableaux célèbres regorgent de petits détails bien trouvés. Le charme opère immédiatement.
Le titre brille par sa prise en main intuitive, excellente à la manette, et son approche originale du point & click d’enquête. La mécanique de textes à trous avec un code couleur, fonctionne à merveille et s’associe bien à des systèmes d’interrogatoires plus traditionnels. Les options d’accessibilité sont bienvenues, mais l’absence de localisation française est un réel handicap.
La bande-son jazzy, faite de saxophones, de trompettes et de pianos, colle parfaitement à l’ambiance de polar feutré. Ceci permet de donner le ton dès les premières minutes et de renforcer l’immersion dans cette ambiance d’enquête retro.
Comptez entre six et huit heures pour boucler l’unique grande affaire, selon votre aisance avec le genre. Une durée honnête pour un titre d’une dizaine d’euros, mais la contrainte de devoir jouer en anglais freinera les ardeurs des personnes non anglophones.
Feline Forensics and the Meowseum Mystery est une petite pépite indépendante qui séduit par son atmosphère de polar félin, sa direction artistique dessinée à la main et sa formidable bande-son jazzy. La mécanique d’enquête, accessible et agréable à la manette, fonctionne bien sans jamais se montrer trop ardue. On pourra regretter une résolution un peu trop sage pour les amateurs exigeants, des menus parfois lourds, et surtout l’absence totale de localisation française qui prive le public non anglophone d’un humour pourtant central. Pour qui maîtrise l’anglais et cherche une enquête cosy, drôle et reposante, c’est une vraie réussite. Si vous hésitez vous pouvez toujours vous frotter à la démo disponible sur Steam.